un

AVOCAT

MARRON

n'est pas toujours véreux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

variété ancienne d'avocat, en forme de poire

Pour faire apparaître la traduction des mots soulignés •• Ca fonctionne ? Parfait ! ••, placez le curseur dessus (ou le doigt, si vous utilisez une tablette ou un smartphone)
 

Quand un avocat devient marron, cela ne prouve pas forcément que le fruit est véreux •• wurmig, wurmstichig •• ou n'est plus comestible •• genießbar •• .

Mais si cet avocat "marron" est un homme de loi •• Jurist •• , ce qualificatif signifie qu'il est véreux •• anrüchig, unredlich •• et donc peu recommandable.


Ce jeu de mots est impossible en allemand où l'on emploie respectivement les termes "Avocado" et "Rechtsanwalt" (qui a évincé •• verdrängen •• "Advokat" dans la langue courante à la fin du XVIIIe siècle).


Mais est-ce que, en français, l'avocat-inscrit au barreau •• Anwaltschaft •• et l'avocat-fruit ont la même origine étymologique ?

• Le premier est emprunté au latin "advocatus" (participe passé de "advocare" : appeler à soi, convoquer, faire venir) c'est, littéralement, "celui qui est appelé à assister •• beistehen, rechtlich vertreten, Rechtbeistand leisten •• qn en justice" = "Herbeigerufener".

• Le second (le fruit ainsi que son nom) vient de l'autre bout du monde : cet avocat-là est emprunté au nahuatl (langue des Aztèques) où il s'appelait "ahuacatl", avant d'être transformé en "aguacate" - plus facile à prononcer - par les Espagnols au XVIe siècle. (1)

C'est par croisement avec l'espagnol "abogado" (homme de loi) que "aguacate" est devenu "avocado / avocat".

Il s'agit donc d'un phénomène de "contamination linguistique" entre deux mots d'origine différente.


Ce changement est-il le fruit •• Ergebnis •• d'une évolution phonétique "classique" ou s'agit-il d'un euphémisme visant •• bezwecken •• à cacher l'origine "honteuse •• schändlich •• " du mot ?

En effet, les missionnaires espagnols - qui, dès les années 1520, ont commencé à retranscrire phonétiquement le nahuatl en alphabet latin - n'ignoraient probablement pas que "ahuacatl" signifiait "testicule •• Hoden •• " dans cette langue, par analogie avec la forme de cet organe...


Alors que le terme "avocat" (pour le fruit) est attesté à la fin du XVIIe siècle en français, il apparaît en allemand - sous la forme hispanisée "Avocado" - seulement au début du XXe siècle. Jusque là, il était appelé - pudiquement •• schamhaft •• - "Butterfrucht" (en raison de la consistance et de la couleur de sa chair) ou "Butterbirne" (à cause de sa forme) ou même "Alligatorbirne" (2) (sa peau verte et granuleuse •• körnig, granulös •• rappelant celle du reptile).


C'est également d'Amérique que vient le terme "marron" employé aujourd'hui au sens de "qui se livre •• treiben •• à l'exercice illégal d'une profession ou à des pratiques illicites •• unerlaubt, unlauter •• ".

Le mot taïno (3) "simaran" qui signifie "sauvage" est devenu cimarrón dans la langue des Conquistadors, puis s'est transformé par aphérèse (4) en marrón.

• Il a d'abord désigné un animal domestique échappé qui est redevenu sauvage ou "féral •• verwildert •• " (5),
• puis un indien (des "Indes occidentales") fugitif qui se réfugie •• Zuflucht suchen, sich flüchten •• dans la jungle, les bois ou les montagnes,
• et ensuite un esclave noir qui s'enfuyait de la propriété de son maître. (6)


Au milieu du XVIIIe siècle, l'adjectif est attesté en français dans son sens péjoratif actuel : un médecin marron ou un avocat marron, c'est-à-dire qui exerce cette profession illégalement ou dans des conditions irrégulières.


En allemand, on emploie respectivement "Kufpfuscher" (charlatan) et "Winkeladvokat" ou "Winkelschreiber", termes tout aussi péjoratifs que l'adjectif "marron".

D'où vient ce "Winkeladvokat", apparu au XIXe siècle ? C'est, littéralement, un "avocat (qui travaille) dans les (re)coins", c'est-à-dire dans l'ombre •• im Verborgenen •• , en se cachant, illégalement - ou bien parce qu'il n'est pas habilité •• unbefugt •• à exercer cette profession ou bien parce qu'il a recours •• sich mit etw. behelfen, zu etw. greifen •• à des méthodes illicites.

Par extension, il peut désigner tout simplement un avocat incompétent.

 

     Pour être au courant


1-
dans la plupart des langues européennes, les deux noms (fruit et homme de loi) se ressemblent, mais - contrairement au français - sont orthographiés différemment :
• italien                avocado (fruit)            avvocato (homme de loi)
• espagnol          aguacate                    abogado
• roumain            avocado                      avocat
• anglais              avocat                         avocate
• néerlandais     avocado                      advocaat


2- alligator
est la déformation de l'espagnol "el lagarto" : c'est donc, littéralement, un (très gros) lézard !


3- le taïno est une langue arawakienne, qui était parlée par les Taïnos, peuple autochtone des grandes Antilles.


4- aphérèse
: retranchement d'un ou plusieurs phonèmes au début du mot :
par ex. "bus" pour "autobus".
Son contraire est l'apocope : retranchement d'un ou plusieurs phonèmes à la fin du mot : par ex. "auto" pour "automobile".


5- féral
: vient du latin "feralis", de "fera" (bête sauvage).
Il est de la même famille que "féroce".


6- marron
: contrairement à l'adjectif de couleur "marron" qui ne s'accorde pas (une jupe marron, des yeux marron),
marron, synonyme de "fugitif", s'accorde en genre et en nombre avec le substantif : une esclave marronne.

En dehors de ce contexte historique, le terme "marronnage" n'est plus utilisé que comme synonyme de "féralisation" pour désigner le retour d'animaux domestiques à la vie sauvage, après avoir été abandonnés ou s'être échappés. C'est le cas du haret (chat redevenu sauvage), du mustang, ou du dingo australien.

 

 

 

bienvenue

en

ABSURDISTAN

Nous avons tous des tics de langage (dont nous ne sommes en général pas conscients...) (1)

Emmanuel Macron, par exemple, est connu pour son "en même temps", mis à toutes les sauces (bei jeder Gelegenheit verwenden).

Le nouveau chancelier autrichien, Alexander Schallenberg, s'est, de son côté, fait remarquer par l'emploi répété de l'adjectif absurde... auquel il avait déjà fréquemment recours du temps où il était ministre des Affaires étrangères.


Bienvenue en Absurdistan ! (2)

"Es wäre absurd", "Das ist einfach absurd", "es ist schlicht absurd", "Das wäre absurd", "Alles andere wäre demokratiepolitisch absurd", "Es wäre absurd gewesen"… (3).

Voilà force (lauter) déclarations d'A. Schallenberg visant à affirmer que, non, - contrairement à ce qu'affirment certains médias - les Autrichiens ne vivent pas en Absurdistan : selon lui, les décisions du gouvernement autrichien en matière de politique étrangère, intérieure ou sanitaire n'ont rien d'incohérent ou de déraisonnable !


Plutôt que de juger de la pertinence des propos du chancelier (libre à vous de le faire...), je vous propose de retrouver l'origine de l'adjectif "absurde".


Il n'y a pas loin de l'ouïe à l'entendement...
Absurde vient du latin absurdus, composé du préfixe "ab" (qui s'écarte de, qui échappe à) et de l'adjectif "surdus" qui signifie "sourd".

Ce qui est "absurde" est, au sens propre, ce qui ne peut être perçu par l'oreille, saisi par l'ouïe (Gehör) et, au sens figuré, ce qui échappe à l'entendement, c'est-à-dire la faculté de comprendre, de saisir qc (Verständnis, Begriffs-, Fassungsvermögen).

C'est de là que vient le sens actuel du terme : absurde est synonyme de "aberrant", "incohérent", "déraisonnable", "contraire à la logique", "insensé"...

 

     Pour être au courant


1- tics de langages -
L'un des miens est, paraît-il, la répétition de l'expression "à la rigueur" (au besoin, si c'est vraiment nécessaire / zur Not).
est la dénomination satirique d'un pays fictif dans lequel l'absurdité est la norme, surtout au niveau de son gouvernement, de son administration, et en particulier de sa bureaucratie.


2- "Absurdistan"
est la dénomination satirique d'un pays fictif dans lequel l'absurdité est la norme, surtout au niveau de son gouvernement, de son administration, et en particulier de sa bureaucratie.

Le terme est relativement récent : il a fait son apparition en 1989 dans un article du Spectator londonien, à propos de la Tchécoslovaquie : "Czechoslovakians have taken to calling their country «Absurdistan», because everyday life there has long resembled the Theater of the Absurd." "Les Tchécoslovaques ont pris l'habitude d'appeler leur pays "l'Absurdistan", car la vie quotidienne y a longtemps ressemblé au Théâtre de l'Absurde" (Sartre, Camus, Beckett, Ionesco...)


3- Quelques citations des propos d'A. Schallenberg :

• "Es wäre absurd, wenn wir es in Europa, wo wir genug Impfstoff haben, aus Leichtsinnigkeit nicht schaffen, das Virus in Schach zu halten." (à propos de l'épidémie de Covid, juillet 2021)

https://www.bmeia.gv.at/ministerium/presse/aktuelles/2021/07/aussenminister-schallenberg-in-kroatien-heuer-ist-ein-sommer-mit-erhoehtem-schutzfaktor/

"Es ist eine Verhöhnung der gefolterten, der ein­ge­sperrten, der getöteten Journalisten, wenn Sie die Situation in Österreich vergleichen und sagen, wir haben Schritte in Richtung eines autoritären Staates. Das ist einfach absurd in diesem Land!" (au Parlement autrichien, à propos de la polémique sur l'Afghanistan, août 2021)

https://www.parlament.gv.at/PAKT/VHG/XXVII/NRSITZ/NRSITZ_00085/A_-_23_21_05_00237864.html

"Die Kritik des luxemburgischen Außenminister Asselborn an Bundeskanzler Kurz ist schlicht absurd. Immerhin beherbergt Österreich weltweit gesehen pro Kopf die viertgrößte Community an Afghanen und die zweitgrößte innerhalb der EU." (août 2021)

https://zur-sache.at/europa-aussenpolitik/schallenberg-nennt-asselborn-kritik-an-oesterreich-schlicht-absurd/

"Wir sind als Regierung keine freien Radikale, die im Raum herumschwirren. Das wäre absurd. Und es gibt ein Regierungsprogramm, und meine Aufgabe ist es jetzt, das Ganze in ruhige Fahrgewässer zu bringen." (déclaration après son investiture comme chancelier, octobre 2021)

https://www.pressreader.com/austria/der-standard/20211016/281625308491521

Er werde selbstverständlich mit Kurz "sehr eng zusammenarbeiten", betonte Schallenberg, sei dieser doch Obmann und Klubchef der stärksten Parlamentspartei. "Alles andere wäre demokratiepolitisch absurd." (octobre 2021)

https://www.vienna.at/schallenberg-wird-eng-mit-kurz-zusammenarbeiten/7153601

"Die Experten haben diese dramatische Dynamik in der Form nicht vorhergesehen. Es wäre absurd gewesen, im Sommer, in einer Phase, in der es nicht notwendig war, Maßnahmen zu verhängen, die die Menschen nicht akzeptiert hätten." (à propos de l'évolution la pandémie, 7 novembre 2021)

https://www.derstandard.at/story/2000131093678/schallenbergs-ausreden

 

 

 

du

STRESS

au

STRING

Il y a 100 ans, nos grands-parents et arrière-grands-parents ne connaissaient pas le stress !

Tout simplement parce que le terme n'existait pas ! Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne souffraient pas de cet "état d'agression subie par l'organisme". En effet, les "Années Folles" (1) n'ont pas été une période bénie pour tout le monde, en particulier pour les familles qui sortaient endeuillées de la Grande Guerre (qui, en France, a causé la mort de 1,4 millions de soldats, sans compter les victimes civiles).


L'origine (étymologique) du stress

Si le mot stress est attesté en anglais depuis le début du XIVe siècle, dans le sens de "tension", "pression", "adversité", "épreuves", il vient cependant de l'ancien français "estrece", aphérèse de "destrece" (qui a donné "détresse" / Bedrängnis, Not, Angst), lui-même dérivé du latin "districtus", participe passé de "distringere" : serrer, presser, attacher étroitement avec des liens.

Ainsi, stress, détresse, étreinte, étroitesse - de même que "Enge", et "Angst" -  sont "étroitement" liés, étymologiquement et sémantiquement. (2)


L'inventeur du concept de stress, c'est un chercheur austro-hongrois canadien

Hans Selye est né à Vienne en 1907, d'un père hongrois et d'une mère autrichienne. Il se prénommait en réalité János. A l'âge de quatre ans, il parlait déjà quatre langues (l'allemand, le hongrois, l'anglais et le français). Au cours de sa carrière, il ajoutera le tchèque et le slovaque, puis le portugais et l'italien à son palmarès !

C'est en 1925, pendant ses études de médecine et de chimie à Prague, que naît dans son esprit le concept de stress (3) : jonglant également le grec ancien et le latin, il fait alors la différence entre "Eustress" (le "bon" stress, stress positif), le "Dystress" (stress nuisible) et l'A-Stress (absence de stress). Il ne pourra expérimenter ses théories que plus tard, à Montréal, où il a émigré dans les années 1930 (4), "sacrifiant [lors de ses travaux] une quantité phénoménale de rats", précise un de ses biographes.  (article)


Un chercheur stressé - Ces "cobayes" n'étaient pas les seuls à être soumis à un stress intense. Bourreau de travail (Workaholic, Arbeitstier) - mais aussi "tyrannique" envers ses collaborateurs -, Hans Selye, lui, se protégeait du stress en faisant un grand usage de Valium ("tranquillisant" commercialisé à partir de 1963), tout en vantant les bienfaits de la méditation...

Meditation predigen und Valium schlucken..., c'était sa version personnelle du dicton "Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais !"

 

     Pour être au courant


1- "Années folles"
(comme "Belle Époque", "Entre-deux-guerres", "Renaissance", Moyen-âge et bien d'autres dénominations de périodes de l'histoire...) est un chrononyme : le terme a été créé, après coup (im nachhinein), pour désigner les années 1920-1929, période d'intense activité économique, culturelle et artistique, qui a pris fin avec le krach boursier de 1929 et le début de la Grande Dépression.

En allemand, il s'agit des "Goldene Zwanziger" ; en anglais, ce sont les "Roaring Twenties" ; en italien, les "Anni Ruggenti" (calque de l'anglais) et, en espagnol, les "Felices años veinte".


2- du stress au string
: détroit, strict, (boa) constricteur, étrangler, Strang ou "string" (slip réduit à un cache-sexe, maintenu par des cordons)... font - entre autres - aussi partie de cette grande famille !


3- Un événement stressant
- Pour Selye, les "Goldene Zwangziger" n'ont rien d'un "âge d'or". Après avoir survécu à l'épidémie de grippe espagnole et âgé de seulement 11 ans, il a vécu une situation particulièrement stressante : le village hongrois de Komárom où il grandit est alors occupé par les Tchécoslovaques et il paraît qu'il a été amené devant un peloton d'exécution (et gracié à la dernière minute) pour avoir nargué (verhöhnen) l'occupant. Cet épisode de stress intense explique peut-être son intérêt pour ce domaine de la recherche.


4- Une carrière au Québec
- Son doctorat en chimie organique en poche, il se rend aux Etats-Unis en 1931, non pour des raisons politiques mais parce qu'il vient de décrocher une bourse du Prix Rockefeller. Il finit par se fixer à Montréal où, en 1945, il fonde l'Institut universitaire de médecine et de chirurgie expérimentale qu'il va diriger jusqu'à sa retraite en 1977.


5- Surnommé le "Einstein de la médecine"
, Hans Selye rêvait d'obtenir le Prix Nobel de médecine mais, malgré 17 nominations, il ne l'a jamais reçu.

 

 

 

les dés sont pipés

...

les cartes manipulées

...

et certaines chartes sont des faux !

"Les Charentais-Maritimes doivent se prononcer d’ici janvier 2022 sur le périmètre d’un parc éolien (1) prévu à une dizaine de kilomètres au large de l’île d’Oléron.
Les associations de protection de la nature du territoire [dénoncent] « un projet absurde » et « une hérésie environnementale ». La Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) de Nouvelle-Aquitaine [invoque pour sa part] les statuts juridiques d’une zone Natura 2000, dans lesquels « rien ne s’oppose aux activités en mer », y compris l’implantation d’une industrie.
Face à un tel argumentaire, de nombreux participants manifestent leur impression que les dés sont pipés." (► article)


Invités à se prononcer sur l'implantation de ce parc éolien, certains habitants de la Charente-Maritime estiment que les jeux sont faits (die Würfel sind gefallen) et que les pouvoirs publics ne tiendront pas compte de leur avis, puisque tout est déjà décidé. Cette consultation populaire n'est donc qu'une mascarade, une tromperie.


L'expression "les dés sont pipés" vient du domaine des jeux de hasard et signifie que l'issue de la partie est connue d'avance puisque les dés ont été manipulés, truqués. (2)


Mais quel est le rapport entre un dé et une pipe ? "Ceci n'est pas une pipe", dirait Magritte (3)... ou du moins, pas exactement. Cependant, comme le mot "pipe", le verbe "piper" vient du latin pīpāre, de formation onomatopéique, imitant le pépiement des oiseaux. (4)


Et quel est l'instrument de musique qui imite le mieux le gazouillis des oiseaux ? C'est le pipeau, une petite flûte rustique (Hirtenpfeife) - à l'origine un "chalumeau" (Schalmei), fait tout simplement d'un roseau percé de trous.

Le mot "pipeau" désigne également (depuis le XVIe) un appeau (Lockpfeife), c'est-à-dire un leurre (Köder, Lockmittel) sonore destiné à attirer les oiseaux en contrefaisant leurs cris. C'est ce qu'on appelle "chasser à la pipée".

C'est ainsi que le verbe "piper" a acquis le sens de tromper, duper (5).


Quant à l'expression "c'est du pipeau", elle signifie : ce sont des mensonges, des salades, des tromperies !


Passons à l'allemand et changeons d'accessoire, tout en restant dans le domaine des jeux : tout comme le lancer des dés, la distribution des cartes est - en principe - aléatoire. Cependant les cartes peuvent avoir été auparavant manipulées (par ex. rangées dans un ordre particulier) et, dans ce cas, l'issue du jeu ne résulte pas du hasard ou du savoir-faire des joueurs.


C'est de cette pratique frauduleuse que vient l'expression "ein abgekartetes Spiel", équivalent de "les dés sont pipés".

Du moins, c'est l'hypothèse la plus répandue au sujet de l'origine de la locution - explication aussi répandue que la tricherie aux jeux de cartes (qui, selon certains, fait partie du charme de ce divertissement et lui donne du piment !) (6)


En fait, la "carte" dont il est question n'est pas une carte à jouer, mais une charte ("carta" en latin) : au sens historique du terme, c'est un document officiel où sont consignés les droits et privilèges accordés généralement par un suzerain (par ex. la charte d'affranchissement d'une ville). C'est donc un contrat qui repose sur la confiance mutuelle et le respect des droits des deux parties.


Ce qui n'empêche pas que nombre de ces documents "historiques" sont des faux. L'une des chartes "truquées" les plus célèbres a changé le cours de l'Histoire autrichienne ! Il s'agit du "Privilegium Maius", document contrefait (au milieu du XIVe siècle) à la demande du duc Rodolphe IV d'Autriche, et qui élève le duché d'Autriche au rang d'archiduché et lui confère en outre d'énormes privilèges. (7)

 

     Pour être au courant


1-
Ce "parc éolien" devrait s'étendre en mer sur 300km² et accueillir 66 éoliennes de 260 m de haut.
L'île d'Oléron est située au large des côtes de la Charente-Maritime (région Nouvelle-Aquitaine). C'est la plus grande île métropolitaine après la Corse. Elle est reliée au continent par un pont depuis 1966. Elle est classée "site naturel de France" depuis le 1er avril 2011 et bénéficie à ce titre de la protection Natura 2000.


2- L'une des techniques de manipulation consiste à alourdir une face du dé (par ex. en y introduisant un peu de plomb) afin qu'il retombe du "bon" côté.
• En portugais, on dit "os dados sao chumbados" ("les dés sont plombés").
• Les Anglais utilisent l'expression "the dice are loaded" ("les dés sont chargés").


3- "ceci n'est pas une pipe" est la légende choisie par René Magritte pour son tableau "La Trahison des images" (1928) afin d'expliquer que, même peinte de la manière la plus réaliste qui soit, une pipe représentée dans un tableau n’est pas une vraie pipe. Ce n'est qu’une image de pipe qu'on ne peut ni bourrer, ni fumer...


4- "ne pas piper mot", c'est-à-dire n'émettre aucun son, se taire, est l'équivalent de l'allemand "keinen Pieps sagen".


5- "duper" vient également du domaine cynégétique puisqu'il se réfère à la huppe (Wiedehopf), un oiseau réputé stupide et facile à... duper, c'est-à-dire tromper. Le mot "dupe" (betrogen, der Betrogene, der Geprellte) résulte de l'agglutination du complément de nom : "de" +  "huppe".


6- "Si on ne peut plus tricher avec ses amis
, ce n'est plus la peine de jouer aux cartes" est une réplique de César dans la légendaire "partie de cartes" imaginée par Marcel Pagnol dans "Marius" (► acte III).


7- Le Privilegium Maius
est un document daté de 1358-1359, contrefait à la demande de Rodolphe IV d'Autriche. Il s'agit d'une version modifiée du Privilegium Minus de l'empereur Frédéric Barberousse en 1156, qui a élevé le margraviat d'Autriche au rang de duché.
D'abord dénoncé comme faux par Pétrarque - consulté par l'empereur Charles IV - puis reconnu un siècle plus tard par l'empereur Frédéric III (un Habsbourg...), ce document falsifié élève le duché d'Autriche au rang d'archiduché.
Outre le caractère prestigieux du titre (mettant le souverain sur un pied d'égalité avec les princes-électeurs allemands), cela confère notamment à l'Autriche les privilèges suivants :
• indivisibilité du territoire ;
• héritage automatique pour le fils aîné (droit étendu à la fille aînée en 1713, à la suite de la "Pragmatique Sanction") ;
• indépendance juridique et législative, sans possibilité d'appel de la part de l'empereur ;
• autorisation d'utiliser certains symboles comme la couronne archiducale.
(► d'après Wikipedia)

 

 

 

CERVOISE

Presque en même temps que le Beaujolais nouveau, l'Astérix nouveau est arrivé...

Tous les deux ans sort une nouvelle aventure du célèbre Gaulois.
En 2021, elle est intitulée "Astérix et le Griffon".

Tout commence avec le rêve prémonitoire du druide Panoramix qui sent qu'un danger menace son homologue chaman du peuple des Sarmates (nomades qui vivaient dans l'est de l'Europe). Il vole à son secours, accompagné d'Astérix, d'Obélix - jamais sans Idéfix - et d'une gourde de potion magique qui, malheureusement, va geler en chemin et perdre ses propriétés miraculeuses.


Je ne vais pas divulgâcher (1) la suite de l'histoire. Je me contenterai d'ajouter que "tout est bien qui finit bien" : les héros revenus du pays des Sarmates et les habitants du village gaulois se retrouvent autour du traditionnel banquet où ils se régalent de sanglier rôti. Et la cervoise coule à flots...
A propos...

- la cervoise et la bière, est-ce la même chose ?
- la cervoise, un peu oubliée mais popularisée par les aventures d'Astérix, se boit-elle fraîche ou tiède ?
- et, plus sérieusement, quelle est  l'origine - étymologique et géographique - de ces deux boissons ?


Non, la cervoise et la bière, ce n'est pas du même tonneau ! (nicht dasselbe sein, nicht vom gleichen Kaliber sein).

La fabrication de la cervoise remonte "à la nuit des temps" : on connaissait déjà cette boisson dans l'Égypte des pharaons. Chez les Celtes - donc aussi chez "nos" Gaulois Astérix et Cie -  c'était la boisson alcoolique la plus consommée car sa fabrication nécessitait peu d'ingrédients et peu de temps. 

On utilisait ce qu'on avait sous la main : de l'eau, des céréales (en général de l'orge germé puis grillé), mais aussi des herbes aromatiques, des épices ou même du miel. La fermentation se faisait ensuite dans des tonneaux.


Il existait donc une grande variété de "cervoises", selon les céréales et les plantes locales employées.
• On sait - par les écrivains latins - qu'à Massilia (future Marseille), la bière était aromatisée au fenouil, au thym et à l'anis sauvage !
• Les Bretons, eux, (ceux de la Bretagne continentale, appelée Armorique à l'époque d'Astérix, et pas ceux de la "Grande"-Bretagne insulaire...) préféraient y ajouter des fleurs de bruyère.


Par la force des choses (en l'absence de réfrigérateur), la cervoise se buvait à température ambiante, c'est-à-dire tiède et, donc, les "Grands-Bretons" ne se différenciaient guère en cela des Gaulois, même si Obélix se plaint de la température trop élevée de la boisson qu'on lui sert outre-Manche à l'auberge du "Rieur sanglier" (2), suggérant ainsi - à tort - qu'elle est servie bien fraîche en Gaule.


Les Romains, de leur côté, n'appréciaient guère la "cerevisia" - la boisson des "barbares" (comme les Gaulois, Germains, Noriques... ou  Sarmates) - et lui préféraient le vin.

En Gaule, le vin - importé et donc cher - est surtout consommé par les membres de l'élite gallo-romaine, tandis que le peuple boit de la cervoise (résultats d'une étude récente).


A partir du XVe siècle, la bière - le nom et la boisson - va supplanter la cervoise : ce qui différencie ces deux boissons, c'est l'utilisation du houblon (Hopfen) - qui lui confère son amertume si appréciée et qui manquait à la cervoise.


"Cervoise" vient du latin "cervisia", "cerevisia" : contrairement à une thèse largement répandue, le mot ne dériverait pas de Cérès (déesse romaine de l'agriculture, des moissons et de la fécondité) mais serait d'origine gauloise et apparenté au celtique insulaire "kurmi" (3) qui a donné "cuirm" en vieil irlandais, "cwrw" (ne me demandez pas comment ça se prononce) en gallois, "coruf" en cornique (langue de Cornouailles) et "coreff" en ancien breton.


En ce qui concerne l'origine du mot "bière", c'est encore plus compliqué.
Plusieurs théories s'affrontent :

- selon certains, il viendrait du latin bibere ("boire") → biber ("boisson" - et pas "castor"...). Le terme "bibine" (übles Gesöff), qui désigne en français une boisson de mauvaise qualité - en particulier de la bière -, pourrait confirmer cette hypothèse.
Le fait que le brassage de la cervoise se faisait au Moyen-âge essentiellement dans les monastères (où le latin était de rigueur) plaiderait également en faveur d'une parenté avec "bibere".

- d'autres lexicologues estiment que le mot doit être d'origine germanique : c'est en effet par les Flandres et les Pays-Bas (où la brasserie et la culture de houblon étaient fort développées à la fin du Moyen-âge) que la bière a été importée en France et dans le reste du monde "roman" (du Portugal à l'Italie en passant par l'Espagne) (4). Selon eux, "bière" est peut être apparentée
• à la famille de "brauen" ("brasser" en allemand) et / ou "brouwen" (en néerlandais),
• à moins qu'il ne dérive du germanique beuwo (orge) → bior (en ancien haut allemand, IXe siècle)...
• ou qu'il ne vienne de la racine indo-européenne b(e)u, b(h)u qui a le sens de "gonfler, faire des bulles". Selon cette dernière hypothèse, la bière serait donc, littéralement "la mousseuse" = das Aufschäumende, Blasenwerfende.


Où est la vérité ? Dans le vin, affirme le dicton ("in vino veritas") - et pas dans la bière ? (5) C'est là qu'on s'aperçoit que la tâche des lexicologues, "ce n'est pas de la petite bière" ! = das ist kein Honigschlecken.

 

     Pour être au courant


1-
divulgâcher signifie gâcher le plaisir de quelqu'un en dévoilant  prématurément un élément-clé de l'intrigue, en divulguant  la fin d'une histoire, d'un film ou les moments les plus palpitants. Cela tue le suspense !
C'est la version "gauloise"  (en réalité "québécoise") de l'anglais "spoiler", du verbe to spoil (anglais : gâcher, abimer) qui - rendons à César ce qui lui appartient - est dérivé de l'ancien français "espoillier", lui-même issu du latin "spoliare" qui a donné "spolier" et "dépouiller" en français moderne.


2- de la cervoise tiède et du sanglier bouilli... A l'auberge de "La gauloise amphore", Relax, le patron propose aux deux compères :
"– Qu'est-ce que je vous sers pour arroser le sanglier bouilli [dans une sauce à la menthe, comble de l'horreur culinaire] ? De l'eau chaude, de la cervoise tiède, ou du vin rouge glacé [comble de l'hérésie œnologique] ?"

Peut-être que c'était pour rire (l'humour anglais étant très spécial...), juste pour chambrer Obélix !
chambrer un vin : le laisser prendre la température ambiante = temperieren, auf Zimmertemperatur anwärmen    
chambrer qn : se moquer de qn, le taquiner = jn auf den Arm nehmen


3- On connait une citation de l'époque gallo-romaine évoquant ce "curmi / kurmi" : "Nata uimpi, curmi da" (Belle fille, donne de la bière !) C'est en quelque sorte une version antique de la chanson "Quand Madelon vient nous servir à boire !", très populaire pendant la Première Guerre mondiale.


4- bière ou cervoise ?
Alors que le français a abandonné "cerveise / cervoise" pour "bière, l'espagnol (cerveza), le catalan (cervesa) et le portugais (cerveja) ont conservé le mot d'origine celte pour désigner la bière.
Par contre, l'italien (birra) a adopté le mot d'origine germanique, mais conserve "cervògia " pour désigner la cervoise.


5- Il est vrai que les dictons en langue gauloise ne sont pas parvenus jusqu'à nous, puisque c'était une langue de tradition orale.


La cervoise
d'Astérix (Obélix, lui, ne buvait que du lait de chèvre - et n'avait pas droit à la potion magique...) devait être assez différente de la bière d'aujourd'hui : moins alcoolisée, plus aromatisée.
Quant au vin bu à cette époque, il n'avait pas grand-chose à voir avec les grands crus d'aujourd'hui : additionné d'épices et d'herbes aromatiques, conservé dans des amphores dont l'intérieur était enduit de résine, il était consommé coupé d'eau.

 

 

 

du

CHAMPION

au

CHAMPIGNON

Pour faire apparaître la traduction des mots soulignés •• Ca fonctionne ? Parfait ! ••, placez le curseur dessus (ou le doigt, si vous utilisez une tablette ou un smartphone)
 

"A six mois de l'élection présidentielle, la campagne s'accélère •• Fahrt aufnehmen •• . Eric Zemmour, pas encore candidat, fait vaciller •• wackeln, ins Wanken bringen •• la candidature de Marine Le Pen. La droite s'accorde •• übereinkommen, vereinbaren •• tant bien que mal •• mehr schlecht als recht •• sur la manière de désigner son champion. A gauche, Mélenchon relance ses troupes et Anne Hidalgo tente de trouver sa voie, concurrencée par Yannick Jadot." (d'après cet article)


A la mi-octobre 2021, faire des pronostics pour les présidentielles d'avril-mai 2022 est un exercice risqué !

Eric Zemmour, bien que n'ayant pas (encore) déclaré sa candidature •• offiziell kandidieren •• , est déjà entré en lice - ou descendu dans l'arène... (1)  La droite, quant à elle, va avoir bien du mal à désigner son champion : Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Michel Barnier ou un candidat "surprise"... ?

Emmanuel Macron, rassuré par les sondages qui le placent en tête de la course au premier tour avec 23% des intentions de vote, a chaussé les crampons •• Stollen •• pour disputer •• bestreiten •• un match de foot avec d'anciens champions de la discipline (et oui, il a marqué un but •• ein Tor schießen •• , un penalty...)


Aujourd'hui, le sens courant de "champion" est "athlète ou équipe qui a remporté la première place dans une épreuve sportive •• Wettkampf •• " (ex. les Bleus •• l'équipe nationale française de foot •• sont doubles champions du monde de foot : 1998 et 2018) ou, plus généralement, dans un concours, une compétition quelconque ("Bruno, champion mondial des jeux télé, a été éliminé  des "12 coups de midi", après avoir remporté •• gewinnen •• plus d'1,26 millions d'euros").

Le sens moderne de "champion" souligne surtout les performances supérieures aux autres, dans le cadre d'une compétition, qu'elle soit •• egal ob… •• sportive, économique, politique...


Mais à l'origine, le terme (attesté en français vers 1100) a une autre signification : un champion, c'est "celui qui combattait en champ clos •• Turnier-, Kampfplatz •• pour défendre la cause •• eintreten, sich einsetzen •• d'une autre personne" (CNRTL).

Payés pour se battre à la place de ceux qui ne pouvaient pas le faire eux-mêmes, pour des raisons de rang (personnages haut placés •• hochgestellt, von hohem Rang •• comme le roi ou un prélat) ou de faiblesse (enfants, femmes, vieillards...), ces "champions" médiévaux étaient en quelque sorte •• sozusagen •• des mercenaires •• Söldner ••  qui ne combattaient par idéalisme mais pour gagner leur vie... (et en mouraient parfois).

Pour désigner ce combattant, l'allemand utilise comme le français le terme "Champion" mais aussi "Lohnkempe" ("celui qui combat pour un salaire").


Les tournois du Moyen-âge sont passés de mode •• aus der Mode gekommen •• et, à la Renaissance, le mot prend un sens figuré. Un "champion" est "celui qui se consacre •• sich widmen, sich verschreiben •• à la défense d'une cause, qui se fait l'incarnation •• Inbegriff, Verkörperung •• des aspirations, des idées d'un groupe".

C'est ce sens-là que l'on retrouve dans la phrase "La droite s'accorde (...) sur la manière de désigner son champion", celui qui va défendre son programme et incarner ses valeurs pendant la campagne électorale (et après, s'il est élu...) (2)


Si l'allemand a emprunté au français le mot "champion" au XIIe siècle, ce n'est qu'un prêté pour un rendu •• ein Hin-und-Her zwischen beiden Sprachen : un aller-retour •• !

En effet, "champion" et "Kämpfer" ont la même origine (3), à savoir •• nämlich •• le germanique "kampjo", combattant dans un duel judiciaire. (4)
 

     Pour être au courant


1a- "entrer en lice"
: einen Wettbewerb aufnehmen. L'expression vient des tournois médiévaux : la  "lice" (au sens propre : "palissade") désigne le lieu de combat, le champ clos (Turnier-, Kampfplatz), où se déroulent les joutes •• Tjost, Lanzenstechen •• .

1b - "descendre dans l'arène" : comme "entrer en lice", c'est accepter un défi •• Herausforderung, Kampfansage •• et se lancer dans un combat. L'expression se réfère non seulement aux combats tauromachiques •• Stierkampf •• mais aussi aux jeux du cirque de l'Antiquité.


2- En allemand, ce défenseur d'une cause est un  Verfechter ← de fechten : se battre, dont dérive aussi le substantif "Fechten", l'escrime).


3- latin campus ("champ", "lieu du combat", puis par métonymie "combat") → germanique "kampjo" (combattant dans un duel judiciaire) → français "champion" (vers 1100) → allemand "Champion" (XVIIIe siècle).


4- appelé aussi "procédure ordalique" (Gottesurteil, Ordal), le duel judicaire était courant dans le droit germanique : en l'absence de témoins •• Zeuge •• ou d'aveux •• Geständnis •• , il permettait de départager •• eine Entscheidung herbeiführen •• les deux parties en présence •• streitende Parteien •• .  Le vainqueur du combat était considéré comme celui qui avait été désigné par Dieu comme disant la vérité.


5- C'est l'occasion ou jamais •• jetzt oder nie! •• de rappeler qu'un "champignon" n'est pas forcément "champion"... même s'il existe des concours pour désigner le plus beau, le plus gros exemplaire (tout comme on organise des compétitions pour les citrouilles •• Kürbis •• : avec un record de 768 kg pour l'édition française 2020).

Champignon vient du latin "campania" (litt. "produit de la campagne"), lui-même dérivé de "campus"... et a donc un rapport étymologique avec le champion.

Ce qui explique - mais n'excuse pas - la confusion •• Verwechslung •• entre les deux mots - fréquente en allemand, langue dans laquelle on peut commander sans problème - et sans se ridiculiser - "eine Eierspeise mit Champions" au restaurant.

 

 

 

EMBUSQUÉ

 

"Le caporal-chef •• Hauptgefreiter •• Maxime Blasco a été tué au Mali par "un tireur embusqué" selon le porte-parole •• Sprecher •• du ministère des Armées." (article)


Un tireur embusqué est un tireur isolé, qui se dissimule pour mieux surprendre son adversaire.

Littéralement, "embusqué" signifie qui se cache dans un bois.
Le verbe "s'embusquer", se poster en embuscade •• auf der lauern liegen •• , est dérivé du latin vulgaire buska (bois, petite forêt), lui-même d'origine germanique.
L'ancien haut allemand "busc" a donné Busch en allemand moderne, mais aussi buisson et bosquet en français (1).


Ce "tireur embusqué" est appelé "Scharfschütze" en allemand, d'une part parce qu'il possède une vue "aigüe", perçante •• scharf •• et d'autre part parce qu'il tire à balles réelles •• mit scharfen Munitionen •• et pas à blanc •• mit Platzpatronen •• .

Le terme "Scharfschütze" est apparu pendant la Guerre de Trente Ans (1618-1638) et il a été adopté en anglais sous la forme du calque •• Lehnübersetzung •• "sharpshooter".

Changement de vocabulaire pendant la 1ère Guerre mondiale : le sharpshooter devient un "sniper" (2).


Scharfschütze a pour synonyme Heckenschütze, ce qui rappelle les Heckenräuber, bandits de grand chemin •• Wegelagerer •• du temps jadis •• in den alten, früheren Zeiten •• qui, cachés derrière une haie •• Hecke •• - ou un buisson •• Busch •• ou tout autre objet leur permettant de se dissimuler •• sich verstecken •• - attendaient le voyageur pour le détrousser •• überfallen und ausrauben •• ou lui couper la gorge •• die Kehle durchschneiden •• (3).


Si, à l'origine, "embusqué" désigne un combattant courageux et astucieux •• schlau, clever •• , il acquiert une connotation péjorative pendant la Première Guerre mondiale : il qualifie alors un homme qui, bien que valide •• gesund •• et en âge d'être mobilisé •• einberufen •• , restait éloigné du front et donc des dangers des combats.

C'était donc tout le contraire des "soldats du front", des "Poilus" (4) qui, eux - par manque de piston •• gute Beziehungen, Vitamin B •• ou parce qu'ils n'exerçaient pas une profession leur permettant de rester à l'abri à l‘arrière •• im Hinterland der Front •• - étaient envoyés au "casse-pipe •• die Front, der Krieg, wo man Kopf und Kragen riskiert •• ".


Les embusqués, c'étaient des "planqués •• Drückeberger •• ".
Dans le jargon des soldats de l'autre côté du Rhin, un "embusqué" s'appelait "Etappenhase" ou - plus péjoratif encore - Etappenschwein ou Etappensau (le contraire du Frontschwein - notre "Poilu" bleu-blanc-rouge - der kein Schwein hatte / qui n'avait pas de veine).


Il faut savoir que, avant de signifier "lieu où on fait halte", "Etape / Etappe" a d'abord eu le sens de "centre de ravitaillement •• Verpflegung, Versorgung, Nachschub •• ", "entrepôt •• Lager •• " pour l'armée.

Un "Etappenschwein" travaillait par ex. dans les usines d'armement ou dans ces dépôts de matériel où il s'occupait parfois à compter les munitions, les rations alimentaires ou... les différents éléments de l'uniforme des soldats, ce qui a donné naissance au terme "Sockenzähler" (litt. compteur de chaussettes), synonyme de "Etappenschwein".

 

     Pour être au courant


1-
(s')embusquer vient de l'italien imboscare : se cacher dans un bois pour surprendre le gibier, se poster pour attaquer l'ennemi.
Font partie de la même famille : une bûche •• Holzscheit •• , une embuscade •• Hinterhalt •• , une embûche •• Falle, Tücke, Fallstrick •• , débusquer ("faire sortir du bois"), mais aussi déboucher (litt. "sortir du bois") et les débouchés •• Absatzmarkt, Berufsaussichten •• .


2- "sniper" dérive du mot "snip", la bécassine •• Schnepfe •• , un oiseau qui - en français comme en allemand - a la réputation d'être bête mais qui, en réalité, est très difficile à chasser car il opère des changements brusques de direction pendant le vol !
Le verbe "to snip" se traduit en français par "canarder •• auf jn ballern •• " (et pas "bécassiner" !)


3- un "coupe-gorge"
est en français un lieu dangereux, mal fréquenté •• wo zweifelhafte Leute verkehren •• , où on risque de se faire voler ou assassiner.


4- les Poilus
, valeureux •• tapfer •• soldats du front de la "Grande Guerre" (1914-1918), doivent •• verdanken •• ce surnom au fait qu'ils étaient souvent barbus et moustachus (ils n'avaient pas toujours la possibilité de se raser), mais surtout au fait qu'une abondante pilosité •• Behaarung •• a été pendant des siècles synonyme de virilité et, par extension •• im weiteren Sinne •• , de bravoure •• Tapferkeit, Schneid •• . Mais encore faut-il que •• allerdings… muss / müssen... •• ces "poils" poussent •• wachsen •• au bon endroit et pas "dans la main" - "Avoir un poil dans la main" signifie en effet être extrêmement paresseux •• ein Faulpelz sein •• .

Cependant, avec l'adoption des masques à gaz (malheureusement seulement à partir de janvier 1917 dans l'armée française...), les Poilus ont été obligés de se raser pour que cette protection soit efficace.
Aujourd'hui, les autorités sanitaires déconseillent également le port •• das Tragen •• de la barbe qui réduit fortement l'efficacité des masques anti-Covid.

 

 

 

Ich verstehe nur Bahnhof...

Et toi ?

Que DALLE !

"Sprachassistenten wie Siri oder Alexa verstehen bei gesprochenem Schweizerdeutsch oft nur Bahnhof. Einer der Gründe dafür liegt offenbar am Mangel an Audiodateien, die nötig sind, um diese Systeme zu trainieren. Für Techriesen wie Google oder Apple ist der Schweizer Markt zu klein, um in eine Digitalisierung zu investieren. Das Entwickeln einer Lösung wollen nun die ZHAW und die FHNW (1) übernehmen. Daher rufen sie die Bevölkerung in der Deutschschweiz auf, bei einer Datensammlung von Schweizer Dialekten mitzumachen." (article)

"Les chatbots (2) et les assistants vocaux comprennent mal le suisse allemand parlé. Cela est dû au manque de fichiers audio nécessaires à l’entraînement de ces systèmes. Pour les grandes entreprises technologiques, le marché suisse est trop petit pour développer une solution qui comprenne le suisse allemand."
Deux universités suisses ont donc décidé de "collecter et numériser les dialectes suisses [et d'utiliser] ensuite ces données pour apprendre à un algorithme basé sur l’intelligence artificielle à comprendre le suisse allemand et à le convertir automatiquement en texte en haut allemand." (article)
 

S'il est vrai qu'on peut facilement se perdre dans le dédale des grandes gares, qu'elles sont souvent bruyantes et que les panneaux indicateurs ne sont pas toujours très clairs, ce n'est pourtant pas l'explication de l'expression allemande "nur Bahnhof verstehen" qui signifie : n'y rien comprendre ou, parfois, ne rien vouloir comprendre, faire la sourde oreille.


La locution est attestée depuis la Première Guerre mondiale : pour s'éloigner des horreurs des combats, les soldats - blessés ou en permission - n'avaient qu'un seul moyen de transport à leur disposition, le train. La gare est alors devenue un mot magique, symbole d'une "porte" qui permet d'échapper à l'enfer et de retrouver le monde "normal" de l'arrière (Hinterland) et les siens (Angehörigen).

Quitter le front était devenu une véritable obsession pour beaucoup de combattants. Ils n'avaient plus que ce mot en tête : "Bahnhof" (3) la gare était devenue pour eux "le centre du monde" (4) et de leurs préoccupations, et aucun autre sujet de conversation ne semblait pouvoir retenir leur attention.

Après la guerre, l'expression est passée dans le langage courant et son sens s'est élargi : "nur Bahnhof verstehen", c'est aussi faire semblant de ne pas comprendre, souvent pour taquiner (necken) ou énerver son interlocuteur.


L'équivalent français, familier, de "nur Bahnhof verstehen" est "n'y comprendre que dalle".

L'expression est d'abord attestée sous une forme argotique "je n'entrave que dalle". "Entraver" n'a pas ici le sens de fesseln, behindern. En argot, c'est un synonyme de "piger, capter" = kapieren donc de "comprendre" en français standard.

Limité d'abord au domaine de la compréhension, "que dalle" s'est ensuite employé avec d'autres verbes : on (ne) voit / entend que dalle, on (ne) trouve que dalle, ça (ne)  vaut que dalle...


Si les lexicologues sont divisés au sujet de l'origine du mot "dalle" dans cette locution, ils s'accordent cependant sur le fait qu'il ne s'agit très probablement pas d'une "plaque ou table de pierre" (Steinplatte).


Diverses hypothèses - plus ou moins farfelues - ont été émises quant à l'origine de la locution (5).

La plus vraisemblable est la suivante : "dail", ancienne forme de "dalle" viendrait de l'allemand "dahlen", par l'intermédiaire du vieux lorrain. Ce verbe signifie "plaisanter", mais aussi "parler indistinctement, bafouiller", et il est de la même famille que "lallen", un verbe onomatopéique qui reproduit le balbutiement, la manière hésitante et confuse de parler.

Celui qui "dalle" s'exprime donc indistinctement et il arrive que son interlocuteur n'y comprenne "rien du tout", n'y comprenne "goutte" (comme on disait autrefois) ou n'y comprenne "nada", "niente", "tchi" ou "pouic" (comme on dit plus familièrement et internationalement aujourd'hui).
 

     Pour être au courant


1- ZHAW
: Zürcher Hochschule für angewandte Wissenschaften ;
FHNW
: Fachhochschule Nordwestschweiz.


2- un chatbot
, ce n'est pas un matou qui aurait des problèmes podologiques (un "chat bot", à ne pas confondre avec le "chat botté" / Katze mit Klumpfuß / gestiefelter Kater) mais un "programme informatique basé sur l'intelligence artificielle et conçu pour simuler une conversation avec des utilisateurs humains, en particulier sur Internet."


3- Cette "idée fixe" rappelle un peu  la réplique célèbre "E. T. nach Hause telefonieren" / "E. T. téléphone maison", du petit visiteur extraterrestre qui souffre du mal du pays (Heimweh).


4- pour les soldats pressés de quitter le front, la gare était devenue "le centre du monde", des années avant que Salvador Dali n'attribue ce titre à la gare de Perpignan (dans laquelle il avait eu "une espèce d'extase cosmogonique... une vision exacte de la constitution de l'univers"). (vidéo, archives de l'INA, à partir de 02:14)


5- hypothèses sur l'origine de "dalle"

• orthographié "dail" au XIXe siècle, le mot viendrait du nom d'une ancienne pièce de 5 francs, dont le nom est emprunté au flamand "daalder", lui-même dérivé du moyen allemand "dāler, dalder" qui a aussi donné naissance non seulement au "Taler" mais aussi au "dollar". Cette origine n'est guère vraisemblable car cette pièce de monnaie valait une trentaine d'euros, ce qui n'est pas une somme de "rien du tout" ;

• selon Claude Duneton, l'origine de ce "dail" se trouve dans la langue romani où il signifie tout simplement "rien du tout". Une explication simple mais pas vraiment étayée par des documents ;

• selon l'étymologie populaire "que dail / dalle" serait une déformation de "queues d'ail", c'est-à-dire ce qui restait sur les marchés lorsque les vendeurs avaient écoulé les têtes d'ail (Knoblauchknolle) qu'ils vendaient liées en botte après avoir coupé la partie supérieure des tiges, "les queues d'ail", des déchets qui ne valaient donc "que dalle".

 

 

 

LÂCHEZ-moi

les

BASKETS !

 

 


basket / sneaker

 

baskets
"à l'ancienne"

 

 


"queue-de-pie"

(avec basques)

 

 

Le ton monte entre Londres et Paris.

"Après le camouflet à la France de l’accord négocié en secret avec les Australiens et les Américains, l’insolent « Calmez-vous et lâchez-moi ! » adressé par [Boris Johnson à Emmanuel Macron] procédait d’un détestable réflexe visant à tenter d’humilier l’Elysée, au ravissement de la presse populaire tabloïd [britannique], afin de masquer ses propres difficultés." (article)

 


Ce peu diplomatique "lâchez-moi !" (ou, en version franglaise originale, "donnez-moi un break") lancé par le premier ministre britannique n'a guère contribué à apaiser les tensions entre les deux pays.

Un locuteur français aurait plutôt employé "lâchez-moi les baskets !", tout aussi familier, mais sûrement plus idiomatique.


Que viennent donc faire les "baskets" dans cette locution ? Ces chaussures qui, à l'origine, avaient un usage sportif précis (à savoir la pratique du basket-ball) -  tout comme les "tennis" qui étaient chaussées (1a et b) pour pratiquer le... tennis - sont aujourd'hui utilisées (quelque peu modifiées par rapport à l'original... - voir ci-contre) pour un usage quotidien non sportif. Leur synonyme "sneakers", plus branché, a tendance à les supplanter.


Importuner qn, c'est souvent "ne pas le lâcher d'une semelle" (jm auf Schritt und Tritt folgen), ce qui pourrait expliquer l'origine de l'expression "lâchez-moi les baskets".

En réalité, ces "baskets"-là n'ont rien à voir avec des chaussures : l'expression moderne résulte de la déformation d'une locution déjà attestée au Moyen-âge : "s'accrocher / se pendre / coller aux basques de qn", c'est-à-dire le suivre de très près, ne pas le lâcher.

Les basques (2) constituent la "partie découpée du vêtement qui descend au-dessous de la taille" (CNRTL). La mode des vestes à basques étant passée depuis la fin du XIXe siècle (sauf pour le frac ou le queue-de-pie / Schwalbenschwanz), le mot est devenu moins familier, ce qui explique que - en raison de la ressemblance phonétique - il a été remplacé par les baskets dans l'expression moderne. (3)

 

"Etre pendu aux basques de qn" et, donc, "ne pas lui lâcher les baskets", c'est en allemand "an jds Rockzipfel hängen".

"Zipfel" signifie bout d'étoffe (le plus souvent d'un vêtement) terminé en pointe, pan de vêtement (Schoß). Quant au mot "Rock", il peut désigner aussi bien une veste qu'une jupe.

Cependant, l'expression "an jds Rockzipfel hängen" se décline le plus souvent au féminin : "an Muttis / Mamas / Mutters Rockzipfel" (ou "Schürze") hängen.

Le français possède d'ailleurs une forme équivalente : "être toujours (fourré) dans les jupes de sa mère".


Outre le sens de "coller à une personne", "ne pas la lâcher d'une semelle" - et donc l'encombrer, voire l'importuner - ces deux locutions signifient aussi "ne pas être autonome", "se raccrocher à qn", comme le petit enfant qui apprend à marcher et qui se retient à un bout de la jupe (4) ou aux cordons du tablier de sa mère.

Ou comme les éternels adulescents (5), les "Tanguy" (6) couvés par leur maman et incapables de vivre sans elle...


Cela nous éloigne un peu du contexte évoqué au début de ce Mot du Jour : l'histoire ne dit pas si Boris Johnson ou Emmanuel Macron sont (ou "étaient", puisque la mère du premier ministre britannique est décédée en septembre 2021) des "Muttersöhnchen", des "fils à maman"... (7)

 

     Pour être au courant


1a - baskets 
: c'est l'un des nombreux faux anglicismes utilisés en français : en réalité, les "baskets" sont appelées "trainers" ou "sneakers" en anglais.

Voir : jogging, footing, baby-foot, catch, forcing, pom pom girl, rugbyman ou tennisman - pour rester dans le domaine du sport...

 

1b- Drôle de genre... "Le" ou "la" basket ? Le Petit Robert et le Larousse indiquent que les chaussures appelées "baskets" ou "tennis" sont du genre masculin ou féminin (sous-entendu "la paire de chaussures") ; pour l'Académie Française, le mot est féminin, alors qu'il est uniquement masculin pour le CNRTL.

 

2- Ces basques-là n'ont rien aucun rapport non plus avec le peuple autochtone du même nom implanté dans une région à cheval sur le Sud-ouest de la France et le Nord-ouest de l'Espagne. Le costume basque traditionnel ne comporte pas de... basques. Bien au contraire, le gilet - porté aussi bien par les hommes que les femmes - s'arrête à la taille.

 

3- Ces chaussures de sport ont inspiré une autre expression "en avoir plein les baskets", synonyme de "en avoir ras-le-bol" ou "être las / fatigué d'une situation qui a trop duré" = von jm / etw. die Nase / die Schnauze (gestrichen) voll haben. C'est une variante moderne de la locution plus ancienne - à une époque où on portait un tout autre genre de chaussures - "en avoir plein les bottes" qui, à l'origine, se référait seulement à la fatigue physique : être exténué, en avoir assez de marcher.


4- La mode des mini-jupes a considérablement compliqué l'existence des jeunes enfants qui ne savent plus à quoi se raccrocher, les Rockzipfel étant désormais hors de leur portée !


5- adulescent
: ce mot-valise, contraction de "adulte" + "adolescent", désigne un jeune adulte qui continue à se comporter comme un adolescent... et qui "se trouve bien dans ses baskets" (sich in seiner Haut wohlfühlen), des chaussures décontractées et confortables.

 

6- Tanguy, personnage éponyme du film d'Etienne Chatiliez (2001), est devenu l'archétype du jeune adulte attardé - ou vieil adolescent... : âgé de 28 ans, fils unique - et exaspérant - il préfère les avantages de l'existence chez ses parents aux inconvénients de la vie d'adulte autonome.

 

7- Noter que l'expression "fils à papa" possède un sens différent : elle désigne quelqu'un qui ne vit ou ne réussit que grâce à la fortune de ses parents (verwöhnter Sproß reicher Eltern).

 

 

 

des

POMPES

FUNÈBRES

aux

POMPFINEWRA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


"corbeau" du temps de la peste, ancêtre du "croque-mort" et du "Pompfinewra"

Don't get vaccinated!

“Ne vous faites pas vacciner.” Signé : Pompes funèbres Wilmore. Ce message Covid provoquant, véhiculé par un camion noir qui a sillonné les rues de la ville de Charlotte (Caroline du Nord) à la mi-septembre a atteint son objectif :  [il ] a suscité un vif intérêt parmi les habitants et les médias locaux. (d'après un article du huffingtonpost.fr)


Une campagne publicitaire macabre ? Non, humoristique !
En effet, les "Pompes funèbres Wilmore" n'existent pas, et le slogan a été imaginé par un publicitaire de Charlotte qui, "ulcéré par le manque de réussite des campagnes classiques pro-vaccination, a décidé de prendre le problème par l'humour."


Mais pourquoi appelle-t-on "pompes funèbres" une entreprise s'occupant des obsèques ?

Si l'adjectif "funèbre" est clair puisque, comme le latin "funebris" (1) dont il dérive, il signifie "qui fait penser à la mort, triste, lugubre", le substantif "pompe" auquel il est associé l'est moins.

Il ne s'agit là ni de la pompe (appareil destiné à aspirer et refouler un fluide), ni de la pompe (pâtisserie traditionnelle du Sud de la France ; en Provence, elle est faite à l'huile d'olive), ni des pompes (chaussures en langage familier) (2).


Cette pompe-là vient du latin "pompa" qui signifie d'abord "procession, cortège", puis également "apparat" (Prunk). Parmi les grandes "pompes" de l'antiquité romaine, certaines étaient des manifestations joyeuses (par ex. celles précédant l'ouverture des Jeux du cirque) et d'autres étaient funèbres : c'est le cas de la "pompa funebris", cérémonie publique et somptueuse organisée à l'occasion du décès d'une personnalité importante. 


Aujourd'hui, l'expression "pompes funèbres" ne désigne plus le cortège (funéraire ou non), ni même la cérémonie des funérailles, mais l'entreprise qui s'en charge.


Ce qui est étonnant, c'est que l'expression existe aussi en allemand - probablement depuis l'époque baroque - avec des variantes orthographiques et phonétiques... originales ! En dialecte viennois, il est question de Pompfünebrer, Pompfinebrer, ou même Pompfinewra (comme en témoigne la chanson de Wolfgang Ambros "I bin nur a pompfinewra" - chanson et paroles - 1972).


A Vienne, la première entreprise privée destinée à l'organisation des obsèques, "Erste Wiener Leichenbestattungs-Anstalt Entreprise des Pompes funèbres", a été créée (sous ce nom austro-français) en 1869. A cette époque, la capitale de l'empire austro-hongrois est en plein boom démographique : sa population passe de 340 000 à 630 000 habitants entre 1840 et 1869. Les cimetières sont "pleins à craquer" (aus allen Nähten platzen) et les organisations qui s'occupent des obsèques sont débordées (alle Hände voll zu tun haben). (3)


Contrairement aux institutions confessionnelles, "L'Entreprise des Pompes funèbres" a un caractère "libéral", bien dans l'air du temps (dem vorherrschenden Zeitgeist entsprechend) : rivalisant avec les Eglises, qui jusque là  bénéficiaient d'un quasi monopole en la matière, "L'Entreprise" et les nombreux autres instituts qui fleurissent alors à Vienne (ils sont 83 en 1894 !) organisent les cérémonies funéraires "pour tous", catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans, athées...(4)


Aujourd'hui, cependant, le terme  "Pompfinebrer" ne désigne plus l'entreprise mais ses employés, tout vêtus de noir et à l'air... funèbre. En français, ils sont familièrement appelés "croque-morts", un terme apparu au XVIIIe siècle et dont l'origine est controversée.

Selon l'étymologie populaire, ils doivent leur nom au fait qu'autrefois, pour vérifier si une personne était réellement décédée, on lui "croquait" un orteil !

Autre explication fantaisiste : pendant les épidémies de peste, les cadavres des pestiférés étaient ramassés avec des perches munies d'un "croc" (Haken) de boucher, pour éviter la  contamination, d'où "croque-mort".

Selon les lexicologues, le mot croque-mort dérive d'un ancien sens du verbe "croquer", encore en usage au XVIIIe siècle, à savoir "voler, subtiliser" et "faire disparaitre", car les employés funéraires avaient la triste réputation de subtiliser les bijoux et autres objets de valeur (alliances, dents en or...) aux défunts qu'ils faisaient ensuite disparaître dans leur cercueil, puis sous terre. (5)


Les croque-morts, fossoyeurs (Totengräber) et porteurs du temps de la peste étaient aussi appelés "corbeaux" à cause de leur masque : en forme de long bec blanc recourbé, rempli d’herbes aromatiques conçues pour les protéger de l’air putride selon la théorie des miasmes de l’époque (6), il n'avait rien à voir avec les masques FFP2 qui nous protègent - ou sont censés nous protéger - aujourd'hui du Covid-19.

 

     Pour être au courant


1-
l'adjectif latin funebris (qui se rapporte ou fait penser à la mort, triste, lugubre) vient de "funus, funeris" : mort violente, funérailles.


2- Il ne faut pas confondre la pompe (déploiement de faste, caractère solennel) avec ces "pompes" (chaussures appelées ainsi car elles "pompent" facilement l'eau par la semelle) : on n'écrit pas - comme certains ignorants / ou humoristes - "se marier en grandes pompes", mais "en grande pompe".


3- C'est à cette époque que l'on cherche un emplacement pour aménager un nouveau cimetière, à bonne distance du centre-ville. Le Wiener Zentralfriedhof sera inauguré en 1874. Contrairement à ses prédécesseurs, c'est un cimetière interconfessionnel et pas seulement catholique ou protestant.


4- L'Entreprise
, fondée par Franz Josef Grüll, est rachetée en 1907 par la Ville de Vienne, mais conserve le même nom "Erste Wiener Leichenbestattungsanstalt Entreprise des Pompes Funèbres".


5- Malgré une certaine ressemblance phonétique et sémantique, ces escrocs (Betrüger) qui escroquaient les défunts et leurs familles n'ont rien à voir avec le "croc", le "crochet" et les verbes "accrocher" ou "crocheter" (mit einem Dietrich aufbrechen).


6- En allemand les médecins du temps de la peste étaient surnommés "Schnabeldoktor" (docteur bec)

pantalonnade FrAu ModJo - 2020

 

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figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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