CIGALE

GRILLON

ou

SAUTERELLE

Des cigales qui n'émergent que tous les 17 ans sont sorties de terre ces dernières semaines dans une partie des États-Unis, et depuis beaucoup partagent les meilleures recettes pour les goûter. (1) Mais attention, avertissent les autorités sanitaires américaines : ceux qui sont allergiques aux fruits de mer doivent éviter de manger ces insectes.

Cette recommandation ne se cantonne d'ailleurs pas aux cigales : grillons, criquets, sauterelles, fourmis... La consommation de la plupart des insectes présente un danger en cas d'allergie aux crustacés. (2)

Un risque sanitaire que ne connaissait pas Jean de la Fontaine lorsqu'il a écrit, en 1688, La Cigale et la Fourmi (3). Résumé express : l'hiver venu, la cigale qui a "chanté tout l'été" - au lieu de faire des provisions - se retrouve affamée et supplie la fourmi - plus prévoyante - de lui prêter "quelques grains pour subsister / Jusqu'à la saison nouvelle". La fourmi - qui "n'est pas prêteuse" - refuse catégoriquement.

Comme nous allons le voir, le fabuliste ignorait non seulement le risque d'allergie croisée, mais aussi  le b.-a. -ba de l'entomologie !

Vous vous êtes peut-être déjà demandé pourquoi cette fable est intitulée Die Grille und die Ameise en allemand tandis qu'elle s'appelle The ant and the Grasshopper en anglais (4). De quel insecte s'agit-il véritablement : d'une cigale - comme dans la version française -, d'un grillon ou d'une sauterelle ?

Dans ses "Souvenirs entomologiques", le scientifique, écrivain et félibre, Jean-Henri Fabre (1823-1915) dénonce les erreurs commises par La Fontaine à propos des deux insectes : 

- Les fourmis ne supportent pas le froid et hibernent dans leur fourmilière, réunies en grappe pour se tenir chaud. Celle de la fable ne se trouvait donc pas dehors "quand la bise fut venue".

- La plupart des espèces de fourmis sont carnivores et ne font donc pas de provisions de graines

- Les cigales meurent à la fin de l'été, après avoir pondu des œufs d'où sortent des larves qui vont s'enfouir dans le sol et y rester pour de nombreuses années (en général 17 ans) ;

- en outre, ne disposant que d'un suçoir pour s'alimenter, elles se nourrissent de la sève des arbres ou arbustes et sont bien incapables de manger des "grains", des "mouches" ou des "vermisseaux" comme le prétend le fabuliste français.


Il faut dire à la décharge de ce dernier qu'il a repris telles quelles les erreurs contenues dans la fable du Grec Esope dont il s'est inspiré : "En hiver, les Fourmis font sécher au soleil leurs provisions mouillées. Survient en suppliante une Cigale affamée. Elle demande quelques grains. Les avares amasseuses répondent : "Tu chantais en été, danse en hiver."
Le fabuliste grec, un Méditerranéen, n'a - lui - pas d'excuses d'ignorer à ce point l'anatomie et le mode de vie de cet insecte, contrairement à Jean de La Fontaine qui, né à Château-Thierry (dans l'Aisne / Hauts-de-France) et mort à Paris, est un "homme du Nord" qui n'a probablement jamais vu de cigale "en vrai".


Jean-Henri Fabre rappelle le sujet de cette fable est vieux comme le monde, et qu'Esope l'a emprunté à une œuvre encore plus ancienne et venant d'un milieu culturel et géographique différent, probablement de l'Inde, et dans laquelle les protagonistes sont des insectes inconnus des Occidentaux : le fabuliste grec leur a attribué des noms qui lui étaient familiers. Et La Fontaine, sans se poser de questions, lui a emboîté le pas.

Ses fables n'ont été traduites (en allemand et en anglais, par ex.) qu'au milieu du XVIIIe siècle, à une époque où les travaux des naturalistes, en particulier Georges Buffon, avaient fait progresser les connaissances en zoologie : on savait alors que la "cigale" décrite par La Fontaine était une aberration du point de vue scientifique !

Mais la sauterelle est-elle plus vraisemblable ? Comme la cigale, elle ne survit pas à l'été : seuls ses œufs, enfouis dans la terre, vont passer l'hiver.


"L'emprunteuse" de la fable pourrait bien être un grillon, comme dans la version allemande : c'est un insecte qui peut vivre deux ans et donc survivre à l'hiver en hibernant (dans les maisons pour le grillon domestique ou dans un terrier pour l'espèce champêtre). En outre, il se nourrit à la fois de végétaux et de petits insectes. Cependant, il s'agissait plutôt d'un "emprunteur" au masculin, puisque seuls les mâles de cette espèce peuvent "chanter" ou plus exactement "striduler".

 

     Pour être au courant

1- recette aux cigales : par exemple, le chef Bun Lai - qui milite pour une alimentation durable - a récemment invité sur les réseaux sociaux les habitants de Washington à une chasse aux insectes dans un parc,  suivie d’une dégustation gratuite de sushis aux cigales frites.  Miam !


2 – insectes et crustacés, tous dans le même panier ?
La chitine, qui compose la carapace des crustacés ainsi que l’exosquelette des insectes, est un allergène connu. L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) souligne le risque de réaction allergique "croisée" entre ces différentes nourritures.


3- L'entomophagie
, c'est-à-dire la consommation d'insectes, n'est pas une mode récente en Europe. Aristote, dans son "Histoire des animaux" (384-322 avant J-C) raconte que les Grecs servaient des nymphes (larve au dernier stade lorsqu'elle sort de terre) de cigales à l'apéritif, pour "ouvrir" l'appétit des convives. Pline l'Ancien mentionne un mets très apprécié, à base de larves de coléoptères. Les Romains consommaient également des criquets enrobés de miel ou des larves de papillon, bien engraissées. A une époque moins lointaine, Mme de Pompadour, favorite de Louis XV faisait servir des beignets de hanneton à ses invités !
Ces pratiques étaient peut-être marginales, par contre La Fontaine et ses contemporains consommaient régulièrement mollusques et crustacés (d'eau douce ou d'eau de mer, selon les régions et les facilités d'approvisionnement).


4- de la cigale au criquet, en passant par la sauterelle
, le titre de la fable varie.
• Dans la plupart des langues romanes, l'emprunteuse" est une cigale :
- espagnol :  La cigarra y la hormiga
- portugais :  A Cigarra e a Formiga
- italien :       La Cicala e la Formica
Mais en roumain, c'est un criquet : Greierele și furnica  

• Dans les langues du Nord, il s'agit d'une sauterelle :
- anglais :       The ant and the Grasshopper   
- néerlandais :  De mier en de sprinkhaan                
- danois :         Graeshoppen og myren          
- suédois :       Gräshoppan och myran
- norvégien :     Gresshoppen og mauren         

 

 

 

GIFLE

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"La Gifle", c'est le titre d'un film franco-italien sorti en 1974, avec Lino Ventura dans le rôle d'un père qui élève seul sa fille, incarnée à l'écran par Isabelle Adjani, et lui donne une gifle lors d'une dispute : étudiante en médecine, elle vient de lui annoncer qu'elle a échoué •• durchfallen •• au concours de fin de première année. (1)


Mais ces jours-ci, c'est une autre gifle qui fait les gros titres de l'actualité •• Schlagzeilen machen •• : celle qu'a reçue le président de la République, lors d'un déplacement dans la Drôme, alors qu'il saluait la foule.


Ce n'est pas à l'homme qui est à l'origine de ce soufflet •• Ohrfeige •• (2) que nous allons nous intéresser, mais à l'origine étymologique du mot "gifle".

Le terme, écrit "giffe" est d'abord attesté au sens de joue. Ce n'est qu'au début du XIXe siècle qu'il prend le sens de "coup donné avec le plat ou le dos de la main •• flache Hand / Handrücken •• sur la joue de quelqu'un".


Mais d'où est sortie cette "giffe" qui fait son apparition en ancien français en 1223 ? Le mot vient, par l'intermédiaire du picard, de l'ancien bas francique "kifel" qui signifie "mâchoire", et dont dérive également - vous l'aurez deviné - l'allemand "Kiefer" (de même sens).

Ainsi la gifle a évolué du sens de "mâchoire" à "joue" puis "coup porté sur la joue".

On observe le même glissement sémantique en allemand où le mot Backe était synonyme de Kiefer, puis de Wange : c'est pourquoi une Backpfeife est un équivalent de Ohrfeige.


Déjà en ancien français, le mot "giffe" possédait une connotation péjorative : ainsi "giffles" est l'ancien nom des oreillons •• Mumps, Ziegenpeter •• (Mumps), tandis que le patronyme peu valorisant •• aufwertend •• Gifflard signifiait "le joufflu, l'homme aux grosses joues (pausbäckig)".

En français moderne, ce sens dépréciatif persiste dans l'emploi figuré de "gifle" : "Emmanuel Macron s'est pris une gifle •• sich eine einfangen •• " signifie non seulement qu'il a reçu une "tarte •• Ohrfeige •• ", mais également que ce coup porté •• versetzen •• au premier personnage de l'Etat est une véritable "humiliation", une "insulte", une "avanie •• Kränkung •• ", un "affront", un "outrage" à l'homme et à sa fonction. (3)

 

     Pour être au courant

1- 45 ans après la sortie du film... La loi relative à "l’interdiction des violences éducatives ordinaires" - connue plus couramment sous le nom "loi anti-fessée •• Schlag auf den Hintern •• " - a été adoptée en France en 2019. Les fessées, gifles et autres punitions corporelles - mais aussi les injures ou les moqueries envers l'enfant - sont désormais interdites par la loi.


2- le mot gifle
possède de nombreux synonymes plus ou moins familiers : baffe, beigne, calotte, claque, taloche, tarte, torgnole... ; le soufflet appartient à un registre plus élevé.


3- "soufflet"
possède également ces deux sens : coup porté à la joue, et affront, humiliation •• Demütigung •• .

 

 

 

la métamorphose

- de la CHENILLE
au "petit chien",
en passant par
la "chatte poilue"
ou "hirsute" -

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Eric Carle, auteur et illustrateur de la célèbre "chenille qui fait des trous", est mort à 91 ans.

Publié en 1969, cet ouvrage illustré, aux pages trouées, raconte l'histoire d'une petite chenille insatiable •• unersättlich, "nimmersatt" •• qui, à peine sortie de •• geschlüpft •• l'œuf, se met à grignoter •• (an)knabbern, naschen •• tout ce qu'elle trouve sur son chemin : en l'espace •• innerhalb •• d'une semaine, elle dévore •• verschlingen, fressen •• une pomme, deux poires, trois prunes, quatre fraises, cinq oranges, un cornichon •• Essiggurke / Trottel, Depp •• , du chocolat, du fromage, une saucisse... avant de tisser son cocon •• tisser son cocon : sich verpuppen •• et de devenir, enfin, un superbe papillon multicolore.


L'ouvrage a fait un tabac •• einen Riesenerfolg haben •• : des millions d'enfants ont lu cette histoire et savent comment la chenille se métamorphose en papillon. Un papillon bariolé •• bunt, kunterbunt •• , appartenant à une espèce indéfinissable, qui n'est cependant pas un "tabac d'Espagne", lépidoptère •• Schmetterling ••  appelé Kaisermantel en allemand.


Mais qui connaît l'origine étymologique de la chenille ?

Le mot, attesté en français au sens zoologique du terme dès le début du XIIIe siècle, vient du latin canicula, littéralement "petite chienne" (1), probablement en raison de la forme de la tête de la chenille (même si cette explication ne satisfait pas tous les lexicologues...)


Le sens technique du terme est répertorié •• erfassen •• en français depuis 1922 : un véhicule à chenilles •• Raupenfahrzeug •• ( engin de travaux publics •• Baustellenfahrzeug •• ou char d'assaut •• (Kampf)Panzer •• ) est équipé de •• ausgestattet, versehen mit •• deux " bandes de roulement •• Lauffläche ••   sans fin lui permettant de 'ramper •• kriechen •• ' sur tous les terrains".

Il s'agit probablement là d'un calque •• Lehnübersetzung •• de l'anglais "caterpillar" qui désigne à la fois l'insecte et l'engin muni de •• ausgestattet, versehen mit •• ces "bandes de roulement".

Voilà un nouvel exemple de "va-et-vient" lexical entre français et anglais : en effet, le mot caterpillar est d'origine française, ou plus exactement franco-normande. Aujourd'hui encore, en normand, la chenille s'appelle "chatepelose".

Le normand "catepeluse" (2) qui signifie, littéralement, "chatte poilue" (une comparaison due au fait que la plupart des chenilles sont couvertes de poils...), s'est transformé en "catyrpel" (anglo-normand), puis en "caterpillar" (anglais moderne).


La célèbre histoire de l'auteur américain Eric Carle est intitulée •• mit einem Titel versehen, betiteln •• "The Very Hungry Caterpillar" dans la version originale. Le titre est traduit par "Die Raupe Nimmersatt" (litt. "la chenille jamais rassasiée") en allemand.


Une dernière question : quelle est l'origine de Raupe ? Le mot cache-t-il un autre animal (après la "petite chienne" / chenille et la "chatte poilue" / caterpillar) ?

Les dictionnaires étymologiques renvoient •• verweisen auf •• pour les uns au germanique rubjo qui signifiait "borstig" ( hirsute •• struppig •• , aux poils hérissés) ou au verbe raufen qui signifie - entre autres - hérisser, faire dresser, mettre en broussaille (3). Ce qui nous ramène au système pileux •• Behaarung •• et à la "chatte poilue" évoquée •• erwähnen •• ci-dessus.

Et ce qui nous amène à poser une ultime question (pour cette fois-ci) : les papillons sont-ils poilus ?

Leurs ailes sont recouvertes d'écailles •• Schuppe •• (4)... qui sont, en réalité des soies aplaties •• abgeflachte Haare, Härchen / Seide, Borste •• , c'est-à-dire des poils très fins !

 

     Pour être au courant


1- le latin "canicula" (petite chienne) a aussi donné naissance à la canicule, période de chaleur appelée Hundstage en allemand.


2- "catepeluse" : de l'ancien français "peleus" (garni de poils) ← latin "pilosus" ← de "pilus" (poil).
La pelouse dérive aussi du latin "pilus" : cette surface gazonnée •• mit Rasen beplanzt, bedeckt •• est "poilue", couverte de brins d'herbe •• Grashalm •• .


3- avoir les cheveux en broussaille ou "en bataille", ou "ébouriffés" se traduit par : zerzaust sein, struppiges Haar haben.


4- "écaille" se dit λεπίς, lepís en grec ancien, d'où le nom savant de "lépidoptère" (litt. qui a les ailes couvertes d'écailles) utilisé pour désigner les papillons.

 

 

 

vaccination
COVID-19

GAME
CHANGER

ou

partie de poker menteur •• Jeu de dés basé sur le bluff, et inspiré du poker
Liar Dice (Lügen mit Würfeln) oder verdecktes Würfelpoker
Au sens figuré : action ou manoeuvre visant à tromper qn
••
?

"Wir haben immer gewusst und gehofft, dass die COVID-19-Impfung der Game Changer sein wird, dass damit der Anfang für den Sieg über die Pandemie eingeleitet werden kann", sagte Bundeskanzler Sebastian Kurz am 27. Dezember 2020 (österreichweiter Start der COVID-19-Impfung).

Le chancelier autrichien sait - et espère -  depuis toujours que la vaccination contre le COVID-19 est le "game changer" qui va permettre de triompher •• besiegen, bezwingen •• du coronavirus.

Avec la pandémie, divers anglicismes ont envahi •• eindringen in, überschwemmen •• la langue allemande : de "Game Changer" à "Lockdown", en passant par "Cluster" et "Homeoffice", pour n'en citer que quelques-uns. (1)


Le français, lui, fait de la résistance •• Widerstand lesiten •• : le globish ne passera pas •• nicht durchgehen – No pasarán! ••   ! Tous ces termes ont un équivalent dans la langue de Molière et il est fortement recommandé de l'adopter •• übernehmen •• : nous sommes / étions / serons en plein confinement (ou déconfinement... Cela varie) ; des foyers de contagion apparaissent (ou disparaissent) çà ou là ; nous sommes en télétravail et nous nous demandons si la vaccination est véritablement le "game changer" tant espéré.


Au fait •• eigentlich •• , comment traduit-on "game changer" en français ? L'extrait suivant nous propose deux expressions pour remplacer l'anglicisme : "changer la donne" et "rebattre les cartes", qui viennent toutes les deux du domaine des jeux de cartes.

"Le Brexit a changé la donne", affirme Nicola Sturgeon. "La question [de l'indépendance de l'Ecosse] semblait avoir été tranchée •• entscheiden •• en 2014 "pour une génération", selon les mots de l'ancien Premier ministre David Cameron, lors de l'organisation d'un premier référendum, où le camp pro-union l'avait emporté •• siegen, sich durchsetzen •• à 55,4 %. Mais le Brexit est passé par là •• dazwischenkommen •• , et les indépendantistes, au pouvoir depuis quatorze ans à Edimbourg, jugent •• der Ansicht sein •• qu'il rebat les cartes." (article)
 

Rebattre les cartes, au sens propre, c'est les re-mélanger avant de les distribuer •• ausgeben, austeilen •• à nouveau. D'ailleurs, le mot "donne" est synonyme de "distribution". Une nouvelle donne, une répartition différente des cartes entre les joueurs peut modifier radicalement le cours du jeu.
Au sens figuré, les deux expressions signifient "changer la situation de façon importante" ou même la "faire complètement basculer •• (um)kippen •• ".


N'existe-t-il pas un équivalent de "game changer" dans la langue de Goethe ? Si, mais… contrairement aux deux expressions françaises - déjà anciennes et passées dans la langue courante (2) - Paradigmenwechsel (3) - tout comme le français "changement de paradigme" - relève •• in den Bereich von etw. fallen •• du vocabulaire "savant" (sciences, sociologie, psychologie, économie...).

Signe révélateur •• aufschlussreicht •• , l'expression est écrite en italique et entre guillemets dans l'extrait suivant - et pas seulement parce qu'il s'agit d'une citation :
"Près de 40 scientifiques du monde entier ont appelé [jeudi 13 mai 2021] à «un changement de paradigme» en réclamant la mise en place de normes de ventilation dans les bâtiments, afin de mieux lutter à l'avenir contre les infections respiratoires comme le Covid-19, transportées par voie aérienne." (article)


Il y a fort à parier •• es ist so gut wie sicher,
man könnte eine Wette eingehen
••
que les germanophones continueront, par facilité •• aus Bequemlichkeit •• , à utiliser "game changer", Lockdown, etc. (4)


     Pour être au courant


1- les faux amis - Souvent, ça ressemble à de l'anglais, mais ça n'en est pas : ainsi "Homeoffice"  désigne en anglais britannique le ministère de l'Intérieur... !
On pourrait également citer le "Handy" (appelé mobile en anglais)
ou le Public Viewing (projection sur écran géant •• Großbildleinwand •• dans un lieu public pour diffuser par ex. un match de foot / une compétition sportive ou un spectacle) alors qu'il signifie öffentliche Aufbahrung eines Verstorbenen dans la langue de Shakespeare ! c'est-à-dire chapelle ardente ou mortuaire en français !
Quant au "old-timer", il désigne en anglais, non pas une vieille bagnole •• Kiste, Mühle, Karre, Schlitten •• , mais un vieil homme...

Naturellement, la langue française compte aussi de nombreux "faux anglicismes" / Scheinanglizismus : footing, jogging, smoking, pressing, slip, drive-in....et bien d'autres.

 

2- "battre les cartes" est attesté dans le sens de "les mélanger" depuis 1690. "Donne" est attesté dans le sens de "distribution des cartes" depuis le début du XVIIIe siècle.


3- "Game-Changer Impfung: Die Covid-19-Impfung hat in der Pandemie einen Paradigmenwechsel eingeleitet." (article)


4- Quelques exemples de globish
dans la presse autrichienne ?
Voici quelques brèves (Kurznachrichten - qui ne sont pas forcément des nouvelles concernant le chancelier Sebastian Kurz...) du Standard d'aujourd'hui (19/05/2021) :

Die Corona News im Überblick. Il y est question de "Krisenmanagement", de "Ausbruchscluster", de "Livebericht", de "Top-Ten-Liste" des pays d'origine des touristes qui visitent l'Autriche.
Nous apprenons, grâce aux "Daten aus dem Austrian Corona Panel der Uni Wien", qu'un quart de la population autrichienne ne se fait jamais tester, alors que, pour contenir •• in Schranken halten •• la pandémie, le "Contact-Tracing und das Monitoring von Mutationen" sont indispensables •• unerlässlich •• .

Le vice-chancelier et ministre des Sports Werner Kogler "stellt für die Zukunft ein 'noch größeres Comeback' in Aussicht. Il ajoute : "Was durch den Lockdown deutlich wurde", seien die psychischen Vorteile der Bewegung. "Outdoor ist so gut wie alles möglich. Indoor gilt weiterhin die 20m²-Regel."
Ursula van der Leyen twittert: "Gemeinsam überwinden wir die Pandemie. #StrongerTogether."

 

 

 

BONNET blanc
et
blanc BONNET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Tweedledum et Tweedledee

Illustration de
"Alice au Pays des Merveilles"

Alors que "des électeurs de gauche assument •• zu etw. stehen •• désormais l'idée de ne pas aller voter en cas de duel Macron-Le Pen à la présidentielle [en avril 2022], l'ancienne ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau réagit « contre ceux qui ont l'air de dire qu'Emmanuel Macron et Marine le Pen, c'est bonnet blanc et blanc bonnet ». Elle accuse une partie de la gauche de « perdre la boussole •• die Orientierung (litt. Kompass) verlieren •• , renier •• verleugnen •• ses valeurs et espérer le pire » en refusant de voter pour Macron afin de faire barrage à •• blockieren, verhindern •• Le Pen." (article)

 

La signification de l'expression "c'est bonnet blanc et blanc bonnet" est assez claire: rien ne ressemble plus à un "bonnet blanc" qu'un "blanc bonnet".  Malgré une dénomination légèrement différente (1), les deux éléments comparés désignent deux choses identiques.

La locution s'utilise en général avec une connotation dépréciative •• abwertend, abschätzig •• : en l'occurrence •• in diesem Fall •• , considérer qu' •• der Meinung sein, finden •• Emmanuel Macron et Marine Le Pen "c'est bonnet blanc et blanc bonnet", cela revient •• auf etw. hinauslaufen •• plus ou moins à affirmer que les électeurs ont le choix entre... la peste et le choléra, donc deux options aussi mauvaises l'une que l'autre, et préfèrent donc s'abstenir de voter.

Nathalie Loiseau, actuellement députée européenne LREM (La République En Marche), estime •• der Ansicht sein, meinen •• - bien entendu - que l'on ne peut pas comparer le programme du président de la République avec celui de la présidente du RN (Rassemblement national).

Pour rester dans le domaine vestimentaire, on pourrait dire également "c'est une autre paire de manches" (expression qui peut se traduire par "das sind zwei Paar Schuhe").

 

C'est également une comparaison relevant •• in den Bereich von etw. fallen •• de l'habillement qui est utilisée en allemand : das ist Jacke wie Hose (litt. c'est veste comme pantalon). A priori, l'expression n'est guère évidente •• einleuchtend •• : comment comparer le vêtement à manches •• Ärmel •• avec celui qui a des jambes •• Hosenbein •• ? Apparence et fonction sont quand même assez différentes...

Il faut savoir que la locution est apparue au XVIIe siècle, c'est-à-dire à un moment où on a commencé à assortir •• aufeinander abstimmen, kombinieren •• le haut (Oberteil - qui n'était pas encore une "veste") et le bas (Unterteil - qui n'était pas encore un "pantalon" au sens moderne du terme) en les taillant dans le même tissu (2). Avant cette époque, l'expression était différente - et plus facilement compréhensible : on disait "das sind zwei Hosen eines Tuchs" (c'est-à-dire deux pantalons confectionnés •• schneidern •• avec la même étoffe et donc très ressemblants).

 

Pourquoi, pour signifier que "c'est du pareil au même", compare-t-on - en français et en allemand - des vêtements plutôt que des choux (comme en Belgique), des chiens (en espagnol) ou tout simplement des jumeaux (en néerlandais) qui "se ressemblent comme deux gouttes d'eau" (sich gleichen wie ein Ei dem anderen) ? (3)

Est-ce parce que, aujourd'hui comme hier, "Kleider machen Leute" : "l'habit fait l'homme" (4) ? On juge souvent autrui •• die anderen •• sur son apparence.

 

     Pour être au courant


1a-
La locution "c'est bonnet blanc et blanc bonnet" est apparue à une époque (le XVIIe siècle) où les deux formes étaient employées, avec cependant une prédominance •• Überwiegen •• de la postposition •• Nachstellung •• de l'adjectif (bonnet blanc) dans le Sud de la France et de son antéposition •• Voranstellung •• (blanc bonnet) dans les régions du Nord. L'antéposition de l'adjectif s'est maintenue jusqu'à aujourd'hui dans le dialecte picard.

Cette opposition entre domaine de langue d'oc et d'oïl  apparaît également dans la toponymie •• Ortsnamenkunde •• : Villeneuve, Castelnau et Châteauneuf se rencontrent dans le Midi de la France, tandis que Neuville, Neufchâtel et Neufchâteau  sont situés dans la partie nord de l'Hexagone.


1b-
La place de l'adjectif indique cependant parfois une différence de sens : ainsi un "grand homme" n'est pas le synonyme d'un "homme grand" (= de grande taille / großgewachsen) ; un "sale gamin" (= détestable) n'est pas forcément •• nicht unbedingt, zwangsläufig •• un "gamin sale" (= malpropre) ; un "brave homme" est honnête et/ou débonnaire (gutmütig), tandis qu'un "homme brave" est courageux.


2- L'aboutissement •• Ergebnis •• de cette évolution du vêtement masculin, c'est le complet (Anzug), défini comme un "vêtement d'homme composé de trois pièces taillées dans le même tissu, à savoir veste, pantalon et gilet" (CNRTL).
 

3- Equivalents de la locution dans d'autres langues :

• la variante belge se réfère aussi à une couleur : "c'est chou vert et vert chou" ;    
• les Anglais utilisent l'expression "six of one and an half a dozen of the other" (six de l'un et une demi-douzaine de l'autre), autrement dit "c'est kif-kif" ;   
• en espagnol, on dit "el mismo perro con distinto collar" (le même chien avec un collier différent) ;    
• le néerlandais évoque la ressemblance des jumeaux (Tweedledum et Tweedledee) d'Alice au Pays des Merveilles avec l'expression : het zijn tweedledee tweedledum. Les noms des deux personnages sont traduits en français par "Bonnet Blanc et Blanc Bonnet" ou "Tralalère et Tralala".     


4- "l'habit fait l'homme". Peut-être... Mais les religieux font apparemment exception à cette règle •• eine Ausnahme von der Regel bilden •• (non monastique •• règles monastiques : Ordensregel •• ...) puisque le dicton affirme "l'habit ne fait pas le moine" (der Schein trügt).     

 

 

faire une
CROIX
sur qc

"CORONAVIRUS - Premier pays en Europe à abandonner •• einstellen, aufgeben, verzichten •• le vaccin d’AstraZeneca contre le Covid-19 en avril, le Danemark a annoncé [le 3 mai 2021] faire également une croix sur celui de Johnson & Johnson à cause de possibles effets secondaires •• Nebenwirkungen •• graves, malgré les feux verts •• donner le feu vert à : grünes Licht geben •• du régulateur •• System für die Regulierung (von Arzneimitteln) •• européen et de l’OMS pour l’utiliser." (article)


Faire une croix sur un projet, c’est être obligé d’y renoncer définitivement, n’avoir aucun espoir de le réaliser. S’il s’agit d’une somme d’argent, c’est perdre tout espoir de la récupérer •• zurückbekommen, eintreiben •• .


La locution, qui date du début du XIXe siècle, dérive d’une expression attestée à partir du XVIe : "faire une croix sur le dos de qn". Cette coutume chrétienne consistait •• darin bestehen •• à faire le signe de la croix sur le dos (1) d’une personne qui partait, pour symboliser solennellement •• feierlich •• la séparation - qui pouvait être définitive.

C'était en même temps une forme de bénédiction •• Segnung •• , d'invocation •• Anrufung •• de la protection divine, accompagnée de la formule "adieu" (2), utilisée pour prendre congé •• sich verabschieden •• d'une personne qu'on ne verrait plus d'ici longtemps, voire •• sogar •• dont on se séparait pour toujours.

Tout comme l'argent dont on ne verra probablement plus jamais la couleur •• vous n'en verrez plus la couleur : davon werden Sie nie mehr etwas zu sehen bekommen,
das können Sie abschreiben, das können Sie sich abschminken
••
(à défaut d' •• in Ermangelung von, auch wenn es an etw. fehlt •• odeur, puisque - comme chacun le sait - l'argent n'a pas d'odeur •• Geld stinkt nicht / pecunia non olet •• ...) et sur lequel on est bien obligé de "faire une croix".


En allemand, l'expression métaphorique équivalente "etwas in den Schornstein / in den Wind schreiben" traduit l’l'inanité •• Sinnlosigkeit •• d’un projet : écrire quelque chose sur le mur d'une cheminée est une entreprise vaine •• zwecklos, aussichtlos, vergeblich •• car la fumée et la suie •• Ruß •• ne tarderont pas à •• bald etw. tun •• rendre l’inscription illisible. De même, le vent dispersera •• verwehen, verstreuen •• et fera rapidement disparaître les mots - ou les chiffres - tracés.

La cheminée et le vent ne sont pas des supports aussi durables et fiables •• verlässlich •• qu'une reconnaissance de dettes •• Schuldschein •• écrite sur un document officiel, en bonne et due forme •• vorschriftmäßig •• , signé et marqué d'un sceau •• Siegelabdruck ••  ou d'un tampon •• Stempel •• .

Ce n'est pas "au revoir", mais "adieu" à tout jamais que l'on peut dire à un projet élaboré, à une somme d'argent engagée •• investieren, hineinstecken •• sur une base aussi peu solide... ou - en l'occurrence •• in diesem Fall •• - à deux vaccins considérés comme trop peu fiables.

 

     Pour être au courant

1- Pourquoi faire ce signe de la croix sur le dos - et pas sur le front ou la poitrine - de la personne que l'on recommande ainsi à la protection divine ? Je n'ai pas trouvé de réponse satisfaisante à cette question.


2- "Adieu" est une forme elliptique de l'ancien français "a Dieu vos comant" (je vous recommande à Dieu), une formule dont l'équivalent allemand est "Gott befohlen", "leben Sie wohl / lebe wohl!"
"Adieu" ainsi que l'allemand "ade" sont dérivés du latin "ad Deum", de même sens.

Gott befohlen : dans cette locution, le verbe befehlen a le sens de "recommander qn à qn" (anvertrauen) : elle signifie "Dein Weg sei Gottes Schutz anbefohlen" et correspond donc tout à fait à l'expression "a Dieu vos comant".


"Adieu"
est encore utilisé dans certains dialectes comme synonyme de simple "au revoir" ou même de "bonjour / salut" (ex., dans le Midi de la France, on entend : "Eh, adieu, Jojo, comment ça va ?")

 

 

 

GRATTE-
CIEL

Le samedi 1er mai (2021), le gratte-ciel le plus connu du monde va fêter ses 90 ans. En effet, c'est le 1er mai 1931 que le président Herbert Hoover a inauguré •• feierlich eröffnen •• l'Empire State Building de Manhattan en appuyant sur un bouton pour actionner l'éclairage du bâtiment, situé à quelque trois cents kilomètres de Washington.


Ce type d'immeubles - et leur nom - est né dès la fin du XIXe siècle aux Etats-Unis, donc pas à New York, mais à Chicago dont le centre-ville avait été détruit, en 1871, par un grand incendie qui a causé la mort de plus de 200 personnes et la destruction de 18 000 édifices. A quelque chose malheur est bon •• Kein Unglück so groß, es hat Glück im Schoß •• , affirme le proverbe : la reconstruction a permis une modernisation et un développement d’autant plus nécessaires qu’entre 1880 et 1890 la population de la ville a doublé, atteignant un million d’habitants.

Cette explosion démographique a provoqué une flambée du prix •• Preisexplosion, starker Preisauftrieb •• des terrains : construire en hauteur était devenu non seulement indispensable, mais aussi possible grâce à de nouvelles techniques (ossature •• Gerippe •• en acier •• Stahl •• au lieu du bois pour se protéger des incendies) et grâce également à l’invention de l’ascenseur. En effet, les gratte-ciel (1) des années 1890 dépassaient déjà les 100 m de hauteur (2).


C’est en 1891 qu’apparaît la dénomination sky scraper (litt. "qui gratte le ciel"). 

Vingt ans plus tard, le mot gratte-ciel - simple calque •• Lehnübersetzung •• de l’anglais - fait son apparition dans la langue française, cependant le premier bâtiment dépassant les 100 m de hauteur n’a été construit dans l'Hexagone qu’en 1952 (Tour Perret à Amiens).


En allemand, ce n'est pas le ciel mais les nuages que "gratte" ce building. Le Wolkenkratzer fait son entrée dans le Duden en 1929, à une époque où le Stephansdom (la cathédrale Saint-Etienne de Vienne) était encore - et depuis près de 5 siècles (de 1433 à 1952) -  le plus haut bâtiment d’Autriche avec ses 137 m. (3)

 

Mais comment le "sky scraper" est-il devenu un "gratte-nuages" en allemand ?

La clé de l’énigme pourrait se trouver dans les langues scandinaves : ainsi, au Danemark, ce type de building s’appelle skyskraber (4).

On pourrait croire qu’il s’agit d’un calque de l’anglais... Sauf qu’en danois, suédois et norvégien, le terme sky signifie... nuage et pas ciel ! C’est donc un faux ami qui est à l’origine du Wolkenkratzer allemand. Un calque erroné •• falsch, fehlerhaft, missgedeutet •• qui aurait été créé à la frontière germano-danoise ?


Voilà, en tout cas, un terme plus modeste, moins arrogant que sky scraper qui, lui, ne manque pas de •• bestimmt, unweigerlich etw. tun, •• rappeler l’épisode biblique de la Tour de Babel (Genèse 11, 1-5) qui raconte comment, après le Déluge •• Sintflut •• , alors que "toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots", les hommes décident de bâtir "une ville et une tour dont le sommet touche le ciel" - c'est-à-dire le domaine des dieux...

Une histoire qui, comme on le sait, a mal tourné •• ein böses Ende nehmen •• ... mais sans laquelle notre Mot du Jour franco-autrichien n'existerait pas puisque c'est après cet épisode que "l'Eternel •• Gott; der Herr, der Ewige) •• dispersa •• zerstreuen
(… dort hat der Herr die Sprache aller Welt verwirrt,
und von dort aus hat er die Menschen
über die ganze Erde zerstreut)
••
[les hommes] sur la face de toute la terre et leur donna à tous un langage différent".

 

 

     Pour être au courant

 

1. les gratte-ciel - Au pluriel, le 1er élément du nom composé reste invariable puisque c’est une forme verbale, le 2ème élément ne prend pas non plus la marque du pluriel, puisqu’il n’y a qu’un ciel, au sens cosmographique du terme. On écrit également des porte-clé(s), taille-crayon(s), casse-noisette(s), etc., selon le nombre de clés, crayons, noisettes.

Une exception parmi d'autres : des portes-fenêtres. Il ne s’agit pas d’un objet qui "porte une fenêtre", mais d’une porte vitrée, comme une fenêtre.


2.
les gratte-ciel ont d’abord été équipés d’ascenseurs mécaniques (à vapeur, puis hydrauliques) ; l’ascenseur électrique à portes automatiques a été inventé en 1887 (ce qui évitait les chutes mortelles dans la cage d'ascenseur •• Aufzugschacht •• ...). Il est à noter que les premiers ascenseurs n’autorisaient que la montée, la descente devait se faire par les escaliers.


3. La Tour Eiffel
a été inaugurée à Paris en 1889 : avec ses 312 m (actuellement 324 m), elle détenait le record du monde de hauteur et elle l’a conservé pendant plus de quarante ans, jusqu’à l’inauguration du Chrysler Building de New York (319 m) en 1930.

A Graz, la Tour Elisabeth (Elisabeth-Hochhaus, construite en 1964) fait pâle figure •• faire pâle figure (sens figuré) blass aussehen •• avec ses 75 m !

Toujours plus haut... La Jeddah Tower, en construction à Djeddah (Arabie saoudite), devrait atteindre 1 008 m. vertigineux •• schwindelerregend, atemberaubend ••  !


4. skyskraber est attesté dans le dictionnaire danois dès 1903, c’est-à-dire avant que gratte-ciel soit documenté en français (en 1911) et que Wolkenkratzer fasse son apparition dans le Duden en 1929.

 

 

 

 

razzia dans les champs de

COLZA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Printemps 2021 - Des champs couverts de fleurs jaunes qui s'étendent à perte de vue •• so weit das Auge reicht •• ... Mais oui, bon sang •• verflixt noch mal! •• , c'est... Euh...
Le nom de cette plante fourragère m'échappe •• nicht einfallen •• , encore et toujours !
L'avantage du bilinguisme (ou tri-, quadrilinguisme...), c'est qu'en général le mot vient à l'esprit •• einfallen •• au moins dans l'un de ces langues.

Cependant, pour me souvenir, à coup sûr, du nom de ces fleurs jaunes, j'ai imaginé un moyen mnémotechnique (Eselsbrücke (1)) : cela évoque •• erinnern, denken lassen •• pour moi un essaim •• Schwarm •• d'abeilles faisant une razzia •• Beutezug •• dans ces champs de Ra(ps + col)za... Chacun son truc •• Hilfmittel, Trick •• pour pallier •• einigermaßen abhelfen •• les trous de mémoire •• Gedächtnislücke •• !


Le mot colza est attesté dans la langue française depuis plus longtemps qu'on ne l'imagine : il y fait son apparition en 1664 sous la forme "
colzat", et ce, dans un document concernant les importations dans le Royaume de France, ce qui explique le "t" final de cette graphie, encore proche de celle du pays d'origine, à savoir la Hollande.

En effet si, à cette époque, le colza est déjà cultivé dans le Nord de la France pour ses graines oléagineuses •• Öl-…, ölhaltig •• , la plus grande partie de l'huile de colza - alors destinée à l'éclairage •• Beleuchtung ••  - est encore importée de Hollande.

Colza est une francisation du néerlandais koolzaad qui signifie littéralement "graine, semence de chou" (Kohl + Saat). Eh oui, bien que ce ne soit pas évident à première vue, le colza fait partie de la même famille (les brassicacées (2) que le chou, le navet •• weiße Rübe •• ... (2).


Alors que le nom de la plante - et la plante elle-même - ont été exportés - via le français "colza" - dans la plupart des pays européens - de l'Angleterre à la Turquie en passant par les pays de langue romane -, sa dénomination en allemand dérive du latin
rapa (pluriel du neutre "rapum" : rave, navet / Rübe), combiné avec "zaad" (semence en néerlandais) → Rapsaat (au XVIIe siècle) ou avec "semen" (semence en latin) → Rapsamen (à la même époque).

 

     Pour être au courant


1- Eselsbrücke
(moyen mnémotechnique) ne se traduit pas par "pont aux ânes". Un pont aux ânes, expression calquée sur le latin pons asinorum, est une évidence, un raisonnement qui, bien que simple et bien expliqué, reste incompris de certaines personnes - par manque d'intelligence (ce sont donc des "ânes", au sens figuré du terme) ou d'attention.
Quant au pont lui-même (un
pont "en dos d'âne" •• Spitzbogenbrücke •• comme en construisaient les Romains), il est considéré par l'âne comme un obstacle ou même un danger (car l'autre bout n'est pas visible en raison de la forme bombée du pont), alors que c'est en réalité le moyen de franchir •• überqueren •• la rivière, donc la solution au problème.


2- brassica, nom générique •• Gattungsname •• latin donné à plusieurs plantes ressemblant à des choux, est probablement dérivé d'un mot celte "bresic" désignant le chou. Les Romains distinguaient : brassica napus (colza) et brassica rapa (navette •• Ölrübsen •• / Ölrübsen). D'où le terme savant "Brassicacées" (Kreuzblütler) pour désigner cette famille de plantes.


3- la famille des Brassicacées comprend encore près de 4 000 autres espèces), parmi lesquelles rave (Rübe), betterave (rote Beete / Futterrübe / Zuckerrübe), chou-rave (Kohlrabi), chou-fleur (Karfiol, Blumebkohl), brocoli, radis, rutabaga (Steckrübe), raifort (Meerrettich, Kren)...


Le colza résulte d'un croisement entre un chou et une navette. Cette hybridation remonte probablement à environ 3500 - 4000 ans ! On ignore cependant si elle s'est produite en pleine nature, ou dans un potager •• Gemüsegarten •• où étaient cultivés à la fois de la navette (pour son huile, utilisée pour l'éclairage) et des choux (pour l'alimentation humaine).

 

 

 

 

VISAGE

FIGUR(E)

 

"Mit der kollektiven Maskenverweigerung haben die Abgeordneten [der FPÖ] im wahrsten Sinn des Wortes wieder ihr Gesicht gezeigt."

Tout comme "sein (wahres) Gesicht zeigen", son équivalent français possède un sens propre et un sens figuré : les députés du FPÖ refusent de porter un masque FFP2 à l'Assemblée nationale autrichienne, montrant ainsi, selon le journaliste (article), leur "vrai visage", ils se sont "démasqués". Ce qui est un peu paradoxal •• paradox (adjectif) / le paradoxe : Paradoxon •• dans ce contexte puisque, justement, les élus du parti "libéral" s'opposent au port du masque !


Les deux expressions ont le même sens figuré, à savoir laisser paraître son véritable caractère •• (sans "h" en français)
Wesen(sart), Charakter
••
, sa vraie nature - et parfois aussi ses véritables intentions... - et sont employées (presque sans exception) avec une connotation péjorative : le "caractère" qui se révèle •• zutage treten, aufgedeckt werden •• lorsque le "masque est levé" ou "tombé" est - selon le contexte - déplorable •• bedauernswert, erbärmlich •• , agressif, bizarre, versatile, etc., en tout cas "mauvais".


Il existe cependant entre les deux expressions une différence - lexicale - de taille •• différence de taille : Riesenunterschied •• : traduire "ils ont montré leur vrai visage" par "sie haben ihre (wahre) Visage gezeigt" constituerait une offense •• Kränkung, Beleidigung •• supplémentaire à l'égard des personnes dont le comportement est incriminé •• beanstanden •• !

En effet, si le mot "Visage" a bien été emprunté (au XVIIe siècle) au français dans le sens de "Gesicht", il est utilisé aujourd'hui comme synonyme de "Fresse", qui correspond aux termes dépréciatifs •• abwertend •• "gueule" ou "trogne".

"Visage" est le plus souvent accompagné d'adjectifs ou de verbes peu flatteurs •• schmeichelhaft •• . Exemples : "eine gemeine, hässliche Visage" (une sale tête), "jm die Visage polieren" (casser la gueule à qn), "über die ganze Visage grinsen"...

Gesicht, par contre, possède une acception •• Bedeutung, Sinn •• neutre :
ein finsteres, mürrisches, ernstes, gleichgültiges, fröhliches (…) Gesicht :
• un visage sombre, renfrogné / maussade, sérieux / grave, indifférent, joyeux…


Visage
est dérivé de l'ancien français "vis" (1) (qui n'a rien à voir avec une tige de métal fileté / Schraube), qui vient lui-même du latin videre, visum : voir, vu. En latin, "visus"  signifiait non seulement la vue •• das Sehen, die Sehvermögen •• (l'un des 5 sens) mais aussi l'aspect, l'allure •• au sens de "Aussehen" et pas "Benehmen, Allüren" •• d'une personne.


Il est à noter que Gesicht et visage ont connu la même évolution sémantique : apparentés respectivement aux verbes "voir" et "sehen", ils ont d'abord désigné "ce qui se voit, ce qui est visible, offert à la vue", avant d'être définis plus spécifiquement comme "la partie antérieure de la tête de l'homme".

 

Les termes figure / Figur possèdent plusieurs acceptions communes aux deux langues (2), entre autres, au sens figuré : eine gute / schlechte / klägliche Figur machen correspond aux expressions faire bonne / mauvaise / piètre figure).

Cependant, au sens concret, physique, du terme, "figure" ne désigne en français que le visage : ainsi, eine schlanke / untersetzte Figur se traduira par "une silhouette élancée / trapue". Une "figure mince" signifierait "ein schmales Gesicht".


VISAGE et FIGUR(E) : deux nouvelles preuves montrant qu'il faut se méfier des faux amis (en linguistique comme en politique...)

 

 

     Pour être au courant


1- Le mot "vis"
n'a subsisté •• weiterbestehen, erhalten bleiben •• en français que dans la locution "vis-à-vis" : face à face.
Vis-à-vis se construit avec la préposition "de",
• aussi bien au sens spatial (vis-à-vis de l'église = en face de)
• qu'au sens figuré (vis-à-vis de qn)
Cependant, dans ce cas (jm gegenüber), il est préférable d'employer "à l'égard de qn", "envers qn".

Aux XVIe et XVIIe siècles, "vis-à-vis" s'employait le plus souvent sans préposition devant le complément (lieu ou personne) : vis-à-vis Ø la porte / vis-à-vis Ø ma sœur. Ainsi, la tragédie de Racine "Bajazet" a été publiée en 1672 "à Paris, chez Pierre le Monnier, vis à vis Ø la Porte de l'Eglise de la Sainte-Chapelle".


2- Figur / Figure
. En français, on dira plutôt :
• "un personnage de roman", pour "eine Romanfigur",
• et "une pièce de jeu" (par ex. aux échecs = Schachfigur) pour désigner un pion, une dame, un jeton...

revenir bredouille et bredouiller des excuses ? FrAu ModJo - 2020

 

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

Liste chronologique
"Mot du jour"