Le mot du jour franco-autrichien
 

 CHAR : la citerne, la chenille et la panse   

 

Pour tromper l'Ukraine, la Russie utiliserait des chars factices et gonflables qui... se sont dégonflés. (korii.slate.fr)

Du cheval de Troie à la "maskirovka" russe, la duperie militaire est aussi vieille que la guerre elle-même. Cette technique du "leurre gonflable" a aussi été utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale lors de l'opération Fortitude, afin de tromper les Allemands sur les véritables plans de Débarquement. Les "tanks et autres matériels militaires gonflables (…) permettaient de créer l'illusion de grosses unités tout en étant facilement transportables." (laboiteverte.fr)


La construction des premiers véhicules blindés motorisés a, elle aussi, été au coeur d'une entreprise de désinformation de l'ennemi.

Le premier char d'assaut moderne fait son apparition le 15 septembre 1916, sur le front de la Somme. C'est un "tank" britannique qui avance - à 5 km/h - en direction des lignes ennemies, semant la panique chez les soldats allemands qui n'ont jamais vu un monstre blindé pareil, monté sur chenilles, équipé de canons et capable de résister aux balles. (1)

Pourquoi ce véhicule porte-t-il le nom de "tank"
qui en anglais signifie "réservoir", "citerne" ?
Pour tromper les espions allemands, les Anglais ont prétendu que la coque des blindés qu'ils étaient en train de construire étaient de simples
réservoirs d'eau (water tank).
Plus facile à employer que le terme officiel "machine à chenilles destructrice de mitrailleuses" proposé par le Comité de la défense impériale britannique fin 1915, le mot "tank" est resté.
    

Les Français, de leur côté, conçoivent un premier char d'assaut Schneider, sur la base d'un Caterpillar (2) de la marque Holt, un tracteur américain monté sur chenilles. Mais il ne sera vraiment opérationnel qu'en 1918.


Un autre projet datant de
1911 - et donc antérieur aux tanks britanniques et français - est plus ou moins tombé dans les oubliettes de l'histoire. Gunther Burstyn - un Styrien né à Aussee - est alors lieutenant dans l'armée austro-hongroise (K.u.K.) lorsqu'il propose à ses supérieurs un prototype révolutionnaire de char à chenilles - sous le nom de "Motorgeschütze" : le ministère de la Guerre refuse de financer ce projet, par désintérêt mais aussi par manque d'argent.


Alors que le français a adopté l'anglais "tank" - prononcé "à la française", bien sûr... - et l'utilise toujours dans le langage courant (bien que le terme officiel soit  "char d'assaut),  en allemand
Tank a été détrôné par Panzer, un mot d'origine... française !


En effet, Panzer, qui désigne aussi bien le blindé que la cuirasse (partie d'une armure) ou la carapace (celle de la tortue, par ex.), vient de l'ancien français "pancier" - "pansière" en moyen français - un élément de l'armure qui protégeait en particulier la "panse", c'est-à-dire le ventre.
(3)



     Pour être au courant

 

1- Ce premier modèle de tank a été produit sur ordre de la marine britannique, dirigée alors par Winston Churchill, "Premier Lord de l'Amirauté". Ce "navire terrestre" (landship) était une transposition des navires cuirassés qui faisaient alors l'orgueil et la puissance de l'Empire colonial britannique. Il s'est révélé trop lourd, difficilement manœuvrable sur terre, et sous-motorisé, étant donné la faible puissance des moteurs à pétrole de l'époque.


2- Caterpillar : la chenille - Chien ou chat ?

Alors que le français compare la chenille à une petite chienne (latin : canicula), l'anglais "caterpillar" dérive de l'ancien français du Nord "catepelose", littéralement "chatte poilue" (latin : cattus + pilosus).
L'origine de l'allemand "
Raupe" est controversée : le mot est peut-être apparenté au verbe "raufen" (arracher). La chenille serait donc "la vorace" (die Freßsüchtige), celle qui arrache les feuilles pour se nourrrir.


3- Panse vient du latin "pantex, panticis" (abdomen, ventre, intestins).
Le mot désigne aujourd'hui essentiellement l'un des pré-estomac des ruminants (Wiederkäuer) -
Pansen en allemand, rumen en latin. Dans le domaine de l'anatomie humaine, il a été évincé par "ventre" et ne s'utilise plus que dans des expressions péjoratives dans le sens de "gros ventre", "bide" (Wampe, Wanst) : "se remplir la panse" et "s'en mettre plein la panse" (sich den Bauch voll schlagen), ou "crever la panse à qn" (jm den Bauch aufschlitzen, jn umbringen).

 le couac du BIVOUAC

 

Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais, en Haute-Savoie, porte plainte contre deux alpinistes et leur équipementier, qui ont filmé leur bivouac au sommet du Mont-Blanc alors que c'est interdit. Dans une vidéo intitulée "Dormir au sommet du Mont-Blanc : 9 jours d'expédition", publiée sur YouTube le 20 novembre 2022, les deux hommes montrent leur ascension et leur nuit au sommet du Mont-Blanc. (francetvinfo.fr )

La plainte déposée par l'édile contre ce bivouac sauvage a déclenché une avalanche de critiques . "Un bad buzz incompréhensible pour de nombreux acteurs de la montagne, qui accusent l’élu d’être "en mal de médiatisation",  explique france3-regions


C'est maintenant à la justice de trancher : qui est "en mal de médiatisation" et qui provoque ce "bad buzz" ? Les alpinistes avec leur vidéo de promotion sur "le toit de l'Europe" (1) où le campement est interdit depuis 2020 ? Ou bien le maire, accusé de "débordements judiciaires" ?

Nous nous contenterons de rechercher l'origine du mot "bivouac", à la consonance si peu française et qui ne rime - pratiquement (2) - qu'avec "couac" !


Les dictionnaires allemands et français donnent approximativement la même définition (au sens moderne du terme) de "Biwak" / "bivouac", à savoir
- behelfsmäßiges Nachtlager im Freien von Truppen (von Truppen, Bergsteigern...)
- campement provisoire établi le plus souvent la nuit par un rassemblement de personnes en marche (troupes, expéditions sportives, scientifiques, etc.), et plus spécialement en haute montagne.


Par contre, en ce qui concerne son origine, les ouvrages français et allemands se renvoient poliment la balle dans une sorte de remake de "Messieurs les Anglais, tirez les premiers !" (3)

Pour les lexicologues français, le mot vient
- "de l'Allemand weywach, qui signifie double garde" (Furetière, 1690) ;
- "de l'allemand Beiwache, de bei, auprès et wachen, veiller" (Littré) ; 

- soit du "moyen bas-allemand biwacht "service de garde auxiliaire", soit du "néerlandais bijwacht : garde secondaire, composé de bij "auprès de" et de wacht "garde" (CNRTL).


Par contre, pour le DWDS - et les dictionnaires allemands en général - le mot a été emprunté… au français ! "Entlehnung (um 1700, anfangs in frz. Schreibweise) von frz. bivouac ‘Nacht-, Feldwache’, dann auch ‘Feldlager’." (4)


Tous les dictionnaires s'accordent cependant sur le fait que, avant de désigner un campement provisoire de nuit, le mot se définissait comme une sorte de patrouille auxiliaire de citoyens qui assistait la garde de nuit officielle. Le mot serait passé dans le vocabulaire français à l'époque de la guerre de Trente Ans (1618-1648), francisé en "bivoie", puis "bivouac" et aurait alors pris le sens de  "campement de nuit improvisé pour les troupes en marche".

- Il a été d'abord repris tel quel  ("bivouac") en allemand vers 1700, avant de se germaniser en "Biwak".
- Il est attesté en anglais dès 1702, sous la forme orthographique française (qui s'est d'ailleurs maintenue), mais n'est devenu vraiment usuel qu'à l'époque des guerres napoléoniennes, et il a été abrégé en "bivvy" au moment de la Première Guerre mondiale.

C'est seulement au milieu du XIXe siècle, avec le développement de l'alpinisme et la multiplication des voyages d'exploration, que le terme a acquis sa signification actuelle, sans contexte militaire.


Bref, bivouac est un "prêté-rendu" ou "réemprunt" : d'origine germanique, il est passé - vraisemblablement véhiculé par les mercenaires suisses - dans la langue française, d'où il s'est diffusé dans la plupart des langues européennes. (5)


On constate, une fois de plus, que les périodes de conflit (en l'occurrence la guerre de Trente Ans et les guerres révolutionnaires et napoléoniennes) et le brassage de population qui en résulte accélèrent la diffusion des mots
et contribuent… à la compréhension des peuples !




     Pour être au courant

 

1a - Le toit de l'Europe ? En réalité, le Mont-Blanc n'est que le toit… de l'Europe occidentale, et seulement le 5ème sommet du continent européen, assez loin derrière les 5642 m du Mont Elbrouz (situé dans le Caucase, à la frontière entre l'Europe et l'Asie).

1b - L'altitude du Mont-Blanc varie :
Selon les dernières mesures (de septembre 2021), le sommet du Mont-Blanc culmine à 4807,81 m. "On ne mesure pas la toute dernière neige, on en gratte 40 cm au sommet, pour atteindre la glace", explique le géomètre-expert Jean des Garets. Cette épaisseur de glace et de neige fluctue entre 15 et 23 mètres. Le sommet rocheux, lui, culmine à 4792 mètres et poursuit sa croissance - lente mais continue - de 1 à 3 mm par an, du fait du soulèvement tectonique du massif. (d'après tf1info.fr)


2 - les autres mots terminés phonétiquement par "-ouac"
"ne courent pas les rues" !
cacouac :  terme inventé vers 1757 par les adversaires des philosophes des Lumières, surtout pour se moquer des auteurs de l'Encyclopédie. Composé de "kakos" (mauvais et grec) et de couac, il signifie méchant.
naouak ou nawak (terme d'argot) : n'importe quoi, absurde, sans rapport, qui ne veut rien dire.
ouak \wak\. Interjection canadienne exprimant le dégoût devant une chose ou une idée. Équivalent de "beurk !


3- "Messieurs les Anglais, tirez les premiers !"
Cette phrase célèbre aurait été prononcée lors de la bataille de Fontenoy (en Wallonie actuelle), le 11 mai 1745, bataille remportée - de justesse - par les Français.
Elle opposait une armée française (sous le commandement de Maurice de Saxe) à une armée austro-hollando-anglaise - "die pragmatische Armee" - (sous le commandement du duc de Cumberland).
De nombreux historiens pensent que cette anecdote rapportée par Voltaire est en réalité apocryphe. Quoi qu'il en soit, ce prétendu geste de courtoisie a en réalité des raisons tactiques : à cette époque, quand les soldats et artilleurs venaient de tirer, il leur fallait un certain temps pour recharger leurs armes, une pause que l'ennemi pouvait mettre à profit pour attaquer.


4- Le Digitales Wörterbuch der deutschen Sprache renvoie au suisse "Beiwacht", patrouillierende Wache von Bürgern (der regulären Stadtwache zur Verstärkung beigegeben), daher eigentlich "Hilfs-, Nachtwache".


5- bivacco en italien ; vivac en espagnol ; bivaque en portugais ; bivuac en roumain ; bivak en néerlandais ; bivack en suédois ; biwak en polonais, tchèque, serbo-croate, russe...

 


Un Mot du Jour en hommage à une grande dame de la Société France-Autriche


Marie-Louise et Passepartout


C'est par amour pour un Autrichien que "notre" Marie-Louise a quitté la France pour s'installer en Autriche à la fin des années 1950.

Quelque 150 ans plus tôt, c'est par raison d’État que Marie-Louise de Habsbourg, fille de l'empereur François 1er, a quitté l'Autriche pour aller en France épouser Napoléon 1er.

C'est de cette princesse autrichienne que vient le substantif "Marie-Louise" (mot masculin et écrit avec des majuscules) qui désignait les 120 000 très jeunes conscrits des classes 1814 et 1815, appelés à servir - par anticipation - dans l'armée, par le sénatus-consulte signé par l'impératrice Marie-Louise, qui était régente du pays pendant la campagne de Saxe de Napoléon. (1)


La guerre s'est éloignée - du moins des frontières françaises… - et, aujourd'hui, le substantif "marie-louise" (mot féminin, écrit sans majuscule et accordé au pluriel) est surtout connu dans le domaine de l'art et plus précisément de l'encadrement.

 

Une marie-louise est une sorte de cadre intermédiaire,
placé entre le cadre extérieur - ou moulure - et l’œuvre.
On l'utilise pour encadrer des peintures sur toile ou bois, sans plaque de verre.
Elle est souvent peinte dans une couleur neutre, ou gainée de tissu.

Schéma d'un encadrement (Wikipédia) :
1- moulure , 2- marie-louise ; 3- œuvre encadrée


Lorsqu'on cherche la traduction de cette "marie-louise" dans un dictionnaire bilingue français-allemand, on trouve en général la proposition "Passepartout".

Mais il s'agit là d'une confusion : le passe-partout (ou "passepartout" en orthographe réformée) est également utilisé pour encadrer une œuvre, mais c'est une feuille de carton épais, évidée en son centre aux dimensions de l'image qui doit rester visible. Son rôle est d'éviter le contact direct entre l’œuvre - peinture ou dessin (en particulier pastel, sanguine, fusain), lithographie, photographie… - et la vitre qui la protège.


Cependant, à l'origine, un passe-partout (mot attesté en 1567) est une clé pouvant ouvrir plusieurs serrures différentes dans un même bâtiment. Si le terme est toujours utilisé dans ce sens-là, il a pris aussi, par extension, le sens de "ce qui s'adapte à tous les usages, ce qui est interchangeable", par exemple la feuille de carton amovible évoquée ci-dessus, qui encadre l'oeuvre et peut s'adapter à différents formats de cadre et d'oeuvre.


Employé comme adjectif - un mot / une formule / un texte / un style passe-partout… - il acquiert parfois une connotation un peu péjorative : un mot passe-partout a l'avantage de pouvoir être employé dans différents contextes mais manque parfois de précision ou d'originalité.


Passepartout, héros du roman "Le Tour du monde en quatre-vingt jours" de Jules Verne (1873), lui, ne manque pas d'originalité. En réalité, "Passepartout" n'est pas son vrai nom, comme il l'explique à son nouveau maître, Phileas Fogg : "Jean Passepartout, un surnom qui m'est resté, et que justifiait mon aptitude naturelle à me tirer d'affaire."

Le lecteur n'apprendra jamais comment il s'appelle véritablement, mais aura l'occasion de constater, au cours des péripéties de ce tour du monde, la débrouillardise du personnage qui trouvera toujours une astuce pour surmonter les obstacles et "passer partout". (2)


"Notre" Marie-Louise avait, elle aussi, le don - et le courage - de surmonter tous les obstacles. Personne ne pouvait résister à son pouvoir de persuasion. Rien ne pouvait l'arrêter.

Rien, sauf la Grande Faucheuse qui l'a fait passer, le 30 décembre dernier, dans un monde que nous espérons meilleur...


     Pour être au courant


1- Le terme "Marie-Louise"
a été repris pour désigner les jeunes soldats recrutés au début de la 1ère Guerre mondiale.

 

2- La vie "instable" de Passepartout - Après avoir exercé des métiers aussi divers qu'originaux - chanteur ambulant, professeur de gymnastique, écuyer et danseur de corde dans un cirque, sergent de pompiers à Paris… - ce "garçon âgé d'une trentaine d'années", las de cette vie instable, devient valet de chambre en Angleterre, dans l'espoir de mener une existence plus tranquille.

Quel est le comble de l'absurdité pour un militant "Insoumis" ?
C'est d'utiliser le langage "inclusif" pour réclamer l'exclusion d'un membre de son parti !


"Lundi, [26/12/22] plus d’un millier de militants insoumis et de la Nupes signent une tribune dans Le Monde, pour dénoncer la décision du mouvement de n’exclure que temporairement de son groupe parlementaire le député Adrien Quatennens, condamné pour violences conjugales."
« Nous appelons les militants.e.s à l’insoumission », déclarent les signataires (...) qui dénoncent un « système vertical privilégiant la protection des cadres dirigeants aux dépens des militants.es et des programmes ». Iels (1a) réclament « une démocratie interne plus juste où les représentants seront nommés et légitimés par les militant-e-s et non pas essentiellement par le cercle restreint du bureau national. » (article)


Alors, "militants.e.s" - "militants.es" - "militant-e-s" ? Il faudrait savoir !
Si les militant/e/s, elleux-mêmes (1b), sont incapables (ouf, un adjectif épicène ! (1c)) de se mettre d'accord sur la forme inclusive à adopter dans cette "tribune", comment le commun des mortels pourrait-il s'y retrouver ? (2)


La question de l'écriture inclusive - et du langage inclusif en général -, appelé "das Gendern" en allemand, agite aussi les esprits du côté autrichien des Alpes, où le "Mutter-Kind-Pass" (sorte de carnet de suivi médical du nourrisson) vient d'être remplacé par un "Eltern-Kind-Pass". Malheureusement les nouveaux termes "non-genrés" ne sont pas tous aussi clairs et simples à utiliser que ce dernier.


"Das Gendern erregt die Kärntner", titre le quotidien "derstandard.at" à la mi-décembre. (article)

Le "manuel d'écriture inclusive" (3) de 71 pages élaboré à l'intention des fonctionnaires du Land de Carinthie a soulevé un tel tollé que les autorités ont préféré faire machine arrière. Pour l'instant...

Quelques exemples ?
"Fachkundig" dev(r)ait remplacer le trop viril "fachmännisch" (expert/e).
La langue maternelle - "Muttersprache" - se transforme en "Erstsprache".  
Un "Hausmeister" - sera désormais désigné par la périphrase "Fachkraft für Gebäudemanagement" - un titre nettement plus valorisant que "concierge" !
Le visiteur ou l'invité - "Gast" - devient "Besuchsperson", une formulation qui ne manquera pas de rappeler les visites dans les prisons, hôpitaux ou autres Ehpad où les "Besuchzseiten" sont strictement règlementés. (4)


Pour ce qui est de l'emploi des points, traits d'union, traits bas et barres obliques dans l'écriture inclusive en allemand, les recommandations sont aussi variées que floues...

Par exemple, pour traduire "chacun, chacune", on a le choix entre "jede:r" (Genderdoppelpunkt), "jede*r" (Gendersternchen), "jede-r" (Bindestrich, recommandé par le Duden), "jede_r" (Gendern mit Unterstrich), "jede/-r" (Genderschrägstrich) ou même "jedeR" !

Sans oublier le "Binnen-I" ou "i intermédiaire" comme dans "KanzlerIn ! Ou plutôt non, cette variante étant aujourd'hui considérée comme obsolète. Désormais, le chancelier ou la chancelière s'appellera "Regierung führende Person". ou "Bundeskanzlerschaft innehabende Person".

Reste à savoir si l'emploi récurrent du substantif féminin "personne / Person" n'est pas discriminatoire vis-à-vis des personnes de genre masculin...


Et dire que l'on nous avait promis (en France comme en Autriche) une "simplification de la langue administrative" !

On a plutôt l'impression d'être retourné à l'époque des "Précieuses ridicules" et de leurs périphrases raillées par Molière. (5)


Le "Leitfaden" carinthien fait aussi l'objet de nombreuses moqueries et de commentaires humoristiques :
"Das Geschlächtern gehört eingestellt!" réclame un lecteur (de l'article du standard.at), dont la trouvaille "Geschlächtern" combine avec humour : "Geschlecht" (genre), "Schlacht" (lutte, bataille), schlecht (mal, mauvais) et "Gelächter" (moqueries) !


 

      
     Pour être au courant

 

1a- "iels" est la forme "inclusive" des pronoms personnels sujets "ils + elles"
1b- "elleux" est la forme "inclusive" des pronoms personnels toniques "elles + eux"
1c- épicène : qui ne varie pas selon le genre. Exemple : il est incapable, elle est incapable !


2- Quelle est donc la forme inclusive correcte ?

- accord au pluriel du masculin et du féminin, chacun de leur côté, ou pas ? "militants.e.s" ou "militant.e.s" ?
- emploi du trait d'union comme dans "militant-e-s" ?  
- emploi d'un point ou de deux points consécutifs ? "militant.e.s" ou "militants.es"
- emploi du point "normal" ou, comme certains le recommandent, du point dit "médian" (ou "point milieu"), ou de deux points médians consécutifs comme dans "militant·e·s" ?


3- "Leitfaden für gendergerechte Sprache im Amtsgebrauch"


4- Autres exemples
du "manuel"
- der Bauer, die Bäuerin cèdent la place aux "landwirtschaftlich Beschäftigte"
- der Bote, die Botin            → "überbringende Person"
- der Täter, die Täterin           "Unrechtsperson"
- der Absolvent, die Absolventin "einen Abschluss innehabende Person"
- fachärztliches Attest
(attestation médicale) viendra remplacer "Attest einer Fachärztin oder eines Facharztes", trop genré !


5-
Cependant, le but recherché par les Précieuses était bien différent, comme l'explique leur contemporain, le polémiste Antoine de Somaize, auteur du "Dictionnaire des Prétieuses" (avec un "t") :
"Il faut qu’une précieuse parle autrement que le peuple afin que ses pensées ne soient entendues que de ceux qui ont des clartés au-dessus du vulgaire."

Dans le langage précieux, un miroir devient un "conseiller des grâces", les chaises sont "les commodités de la conversation" et la chandelle est "le supplément du soleil". Les Précieuses appellent les joues "les trônes de la pudeur" ; les yeux sont "les miroirs de l'âme", le nez "les écluses (Schleuse) du cerveau", tandis que le cerveau, lui, est appelé "le sublime".

Quant au verbe "accoucher", mot imprononçable pour une "dame convenable", il était remplacé pudiquement par la périphrase "subir le contrecoup des plaisirs légitimes" !

Le langage des Précieuses était plus "exclusif" qu'inclusif, et ne cherchait pas à éviter les formules discriminatoires et blessantes. Ainsi, les "porteurs de chaise" (Sänfte) étaient pour elles "des mulets baptisés" !

Noël, Noël !

 

"Noël ! Noël !", lance la foule sur le parvis de la cathédrale de Reims où Charles VII vient d'être sacré roi de France. Aurait-il été couronné un 25 décembre, date symbolique choisie par de nombreux monarques avant lui ? (1)

Il n'en est rien : la cérémonie se déroule en plein été, le 17 juillet 1429.

Alors comment expliquer cette acclamation qui, aujourd'hui, se réfère exclusivement à la période de la Nativité du Christ ?


Pendant tout le Moyen Âge, "Noël" est un "cri de réjouissance poussé par le peuple pour saluer un événement heureux" (définition du CNRTL), quelle que soit la période de l'année à laquelle il a lieu.

Le couronnement de Charles VII est, en effet, un événement heureux : la Guerre de Cent Ans touche à sa fin et, sept ans après la mort de son père, l'ancien "petit roi de Bourges" (2), d'abord déshérité au profit d'Henri V d'Angleterre, est reconnu roi de France légitime.


Crier "Noël" lors du couronnement d'un nouveau roi, de la naissance d'un dauphin, ou de tout autre événement populaire heureux, c'est exprimer l'espoir d'un renouveau, croire à un avenir meilleur. (3)


Le mot "Noël", attesté sous sa forme actuelle à partir du XIIe siècle, dérive du latin "natalis dies" (jour de naissance) (4) : symboliquement, c'est bien le départ d'un nouveau cycle, d'une nouvelle vie.

Selon une autre hypothèse, plus controversée, le mot Noël aurait une origine celtique et serait la combinaison de "noio' (nouveau) + "hel" (soleil) en gaulois (correspondant à "neo" + "helios" en grec), et se référerait à la fête païenne du solstice d'hiver où on célèbre la victoire du soleil sur les ténèbres, au moment où les jours recommencent à rallonger.

De leur côté, à Noël, les chrétiens fêtent la naissance de Jésus, "la lumière du monde" (Jean, 1 : 5, 9).


Ces deux explications ne s'excluent pas forcément l'une l'autre. Rappelons que ce n'est qu'au IVème siècle que la fête de Noël a été instituée : l’Église de Rome choisit la date du 25 décembre - une décision arbitraire puisqu'on ne connaissait pas le jour exact de la naissance du Christ - mais un choix dont l'intention ne faisait aucun doute : il s'agissait de concurrencer puis d'éclipser - c'est le cas de le dire ! - la fête solaire païenne du  "Sol invictus". (5)


Au XXIe siècle, Noël est devenu en premier lieu la fête des cadeaux : cette constatation un peu désabusée aurait inspiré la définition suivante à Antoine Chuquet (un écrivain imaginaire du XXe siècle) : "Noël... Cette jolie période de l'année où l'on ne songe plus au passé ni au futur mais rien qu'aux présents !" (6)


     Pour être au courant

 

1- Parmi les souverains couronnés le jour de Noël

Charlemagne est couronné empereur d'Occident à Rome le 25 décembre 800.

Robert II le Pieux, fils d'Hugues Capet, est couronné le jour de Noël 987.

Étienne Ier (futur Saint Etienne) est sacré roi de Hongrie par le pape Sylvestre II à Noël de l'an 1000… ou 1001.

C'est également cette date symbolique qu'a choisie Guillaume le Conquérant pour se faire couronner roi d'Angleterre en 1066.


2 - Charles VII a été surnommé "le petit roi de Bourges" car, en 1418, alors qu'il est héritier du trône, il se réfugie à Bourges (alors capitale du Berry - et située aujourd'hui dans le département du Cher / Région Centre - Val de Loire) pour éviter d'être capturé par les Bourguignons - alliés des Anglais - qui ont pris le pouvoir à Paris.

Déshérité par son propre père au profit de la dynastie anglaise des Lancastre, Charles se proclame roi de France à la mort de Charles VI en 1422, dans la cathédrale de Bourges.


3 - "Noël" - Cette acclamation a également une fonction apotropaïque, c'est-à-dire qu'elle est employée pour conjurer le mauvais sort (du grec "apotropein" = détourner). En 1429, lors du couronnement de Charles VII, elle doit chasser définitivement la guerre, éviter qu'elle revienne ravager le royaume de France.


4 - Au fil du temps, "natalis" a évolué phonétiquement en "nael" en ancien français, et... "nadal" en catalan ! Le "o" viendrait de la dissimilation des deux "a" de "natalis". Quant au tréma sur le "e", il n'a été ajouté qu'au début du XVIIIe siècle.

Dissimilation : différenciation de deux phonèmes identiques dans un mot, en l'occurrence les deux "a".

Autre exemple : peregrinus pelegrinus → pèlerin, Pilger, pilgrim...,
mais pérégriner (auf Reisen sein)


5 - Le culte du "Sol invictus" apparaît dans l'Empire romain au IIIe siècle : il reprend des aspects du culte de Mithra et d'Apollon. En 274, l'empereur Aurélien fait du 25 décembre une fête officielle appelée "jour de la naissance du Soleil invaincu".


6 - Une pseudo-citation qui joue sur la polysémie du mot "présent" : - le moment actuel (Gegenwart) ; - le cadeau (Geschenk) ; - la personne qui est  là (Anwesende/r).
A chacun de l'interpréter à sa façon ! 

 

la lune et les lunettes

 

"Le plus souvent, on cherche le bonheur comme on cherche ses lunettes, quand on les a sur le nez." André Maurois (écrivain français, 1885-1967)

A l'inverse, il arrive que - par une sorte de réflexe - on essaie d'enlever ses lunettes… alors qu'on n'en porte pas ! Cela se produit parfois quand on est "dans la lune", c'est-à-dire distrait •• zerstreut, geistesabwesend ••.


Lune, lunettes… Existe-t-il un lien étymologique entre les deux mots ?


Le mot "lunette" est bel et bien le diminutif de "lune" mais, à l'origine, il ne désigne pas un instrument d'optique. Attesté dès le XIIe siècle en français, il désigne un objet de forme ronde, par exemple le cercle de métal entourant une plaque brillante (d’abord métallique puis en verre) qui sert de miroir.

C’est par analogie de forme que "lunette" désigne ensuite l’ouverture ronde de la chaise percée •• Leibstuhl •• puis le siège - parfois relevable •• hochklappbar •• - des "cabinets d'aisances •• Abort ••" d'autrefois, tout comme celui des WC modernes. On trouve d'ailleurs le même emploi en allemand : Klobrille.

Dans un domaine tout à fait différent, et à partir du début du XXe siècle, la lunette correspond à la vitre arrière •• Heckfenster •• d'une voiture : en effet, sur de nombreux modèles de véhicules anciens, cette vitre était nettement plus petite qu’aujourd’hui et possédait une forme arrondie - ou parfois ovale - , d’où son nom.


Ce n’est qu’au XIVe siècle que le pluriel "lunettes" est attesté en français dans le sens d' « instrument optique composé de deux verres et destiné à améliorer la vue ».


Les lunettes ont été inventées un siècle plus tôt à Florence, sous la forme de deux verres enchâssés •• enchâsser : einfassen •• dans des cercles de bois.
Au fil des siècles, l'instrument va connaître une série d'améliorations (1).
◄ Les deux verres sont d'abord reliés entre eux et articulés grâce à un clou - d'où leur nom de "bésicles clouantes" - et forment une sorte de "pince-nez •• Kneifer •• " rudimentaire, en équilibre sur l'appendice nasal.


Au XVe siècle, le clou est remplacé par un "pont •• Brücke, Steg •• " reliant les deux verres, comme
on le voit sur ce portrait de "Rabelais lisant" (Anonyme, début du XVIIe siècle) ►
En allemand, ce genre de lunettes est appelé plaisamment "Nasenfahrrad",
la comparaison avec un vélo est très bien illustrée par cette photo !


Puis les lunettes sont munies d'un ruban qu'on attache derrière la tête, ou d'une ficelle qu'on enroule autour de l'oreille - ce qui est assez peu pratique.
Au XVIIIe siècle, on leur ajoute de courtes branches •• Bügel ••, ce qui permet d'enlever les lunettes sans déranger •• in Unordnung bringer •• les perruques alors à la mode. Mais, pour tenir, les branches doivent être plaquées •• plaquer : pressen •• sur les tempes •• la tempe : Schläfe ••, ce qui cause des maux de tête !
Le problème est résolu lorsque, après la disparition des perruques, apparaissent des lunettes dont les branches rallongées et courbées •• gebogen •• à leur extrémité se fixent derrière les oreilles.


Jusqu'au XVIe siècle, le mot le plus courant pour désigner cet accessoire n'était pas "lunettes", mais "bésicles" (2). Ce terme rappelle les débuts de l’histoire de l’optique : dans l’Antiquité et au haut Moyen-âge, on connaissait déjà l’usage de la "pierre de lecture •• Lesestein ••", une loupe grossissante qu’on posait directement sur le texte écrit. Avant d’être confectionnée en verre à partir du IXe siècle, elle était taillée dans une pierre semi-précieuse, le béryl, ou dans le cristal de roche •• Bergkristall ••. "Béril" a donné "bericle" puis "besicle" par assibilation (3).


Alors que le mot "bésicles" est aujourd’hui vieilli ou utilisé seulement de façon ironique, Brille - lui aussi directement dérivé de Beryll - désigne toujours les lunettes en allemand moderne, mais s'utilise au singulier, comme le montre un dicton allemand qui rappelle ... singulièrement la citation de Maurois : "Mit dem Glück geht es wie mit der Brille: / man hat sie auf der Nase und weiß es nicht."

André Maurois, né Emile Salomon Wilhelm Herzog dans une famille d'origine alsacienne et qui connaissait l'anglais et l'allemand, se serait-il contenté d'adapter cet aphorisme en français ? (4)


     Pour être au courant

 

1- Au XIIIe siècle, les lunettes sont un produit de luxe, principalement utilisé par les copistes dans les monastères. Les verres convexes ne corrigent que la presbytie •• Weitsichtigkeit, Alterssichtigkeit •• . Les myopes •• Kurzsichtige/e ••  doivent attendre encore un siècle l’apparition des verres concaves. C'est avec l’invention de l’imprimerie (en 1450) que la demande s’accroît et que les lunettes se perfectionnent.


2- bésicles
 : dans la dernière (9ème) édition du Dictionnaire de l'Académie Française, le mot s'écrit avec un accent aigu alors qu'il en était dépourvu •• ohne •• jusque là.


3-
modification de "bericle" en "besicle" par assibilation (Assibilierung oder Zetazismus) : la consonne occlusive •• Verschlusslaut •• , en l'occurrence •• in diesem Fall •• le [r], s’est transformée en sifflante •• Zischlaut •• [z].
"Assibilation" vient du verbe latin "sibilare" (siffler / zischen).


4- Ce dicton allemand - accompagné de la mention "Volksmund" (expression populaire) - figure déjà dans une édition (de 1891) de l'hebdomadaire humoristique "Fliegende Blätter". Cette année-là, Emile Herzog (futur André Maurois) entrait au Petit Lycée (c'est-à-dire à l'école primaire) à Elbeuf (Seine-Maritime) et n'avait pas encore fait preuve •• beweisen, an den Tag legen •• de ses talents d'écrivain...

ça lui fait une belle jambe !

 

La baguette de pain est désormais inscrite au patrimoine immatériel de l'humanité de l'UNESCO (zum immateriellen Kulturerbe erklären)


La ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l'Artisanat et du Tourisme, Olivia Grégoire se réjouit :  "Cette décision contribue au rayonnement du savoir-vivre à la française, des traditions de partage et de convivialité, et du savoir-faire de nos artisans boulangers. C’est une reconnaissance de la culture de la baguette qu’il nous revient de préserver, de protéger, pour assurer la transmission de ce
patrimoine."

"Ca fait une belle jambe à ceux qui doivent se serrer la ceinture à cause de l'inflation !", peste un commentateur.


L'expression familière "faire une belle jambe à qn" signifie : tout cela est bien beau, mais cela ne lui sert à rien, cela ne lui apporte aucun avantage.
Ce qui préoccupe le consommateur moyen, c'est plus l'augmentation actuelle du prix de ladite baguette que son inscription au patrimoine immatériel de l'humanité.


Alors, que vient faire la jambe dans cette histoire de baguette ? A vrai dire, rien ! Même si, en argot, les "baguettes", ce sont les jambes, et que "gambettes" rime avec "baguettes". (1) Mais cette comparaison suggère plutôt des jambes maigrichonnes, minces et sèches comme des bâtons, et pas de "belles" jambes.


D'autre part, lorsqu’il est question de "belles jambes", il s'agit en général de celles des femmes. Or, l’expression "ça lui fait une belle jambe" se réfère à celles des hommes.

Pour comprendre la locution, il faut remonter au XVe siècle, époque où la robe cesse d’être un vêtement unisexe : les hommes adoptent alors les chausses (2), composées de deux parties :
● le "haut-de-chausses"  - qui couvre le corps de la taille au genou, et qui deviendra la "culotte" ;
● et le "bas-de-chausses" - qui couvre le mollet et le pied, et qui deviendra tout simplement un "bas" - ou plutôt "des" bas quand les deux jambes du vêtement seront séparées l'une de l'autre.


Fabriqués dans un tissu extensible, les bas-de-chausses mettaient en valeur (ou pas, selon l'anatomie de leur porteur...) le galbe (wohlgerundete Form) de la jambe des coquets (3) qui, au XVIIème siècle, faisaient "la belle jambe", c’est-à-dire qu’ils se pavanaient (herumstolzieren) en montrant leurs jambes gainées de soie (pour les plus riches) et parées de rubans de couleur.

Peu à peu, l'expression acquiert un sens péjoratif : "Un homme qui fait la belle jambe est faux et maniéré", juge Diderot.

Au XIXème siècle, avec la disparition des chausses, symboles du monde révolu de l’Ancien Régime (4), l’expression "ça lui fait bien la jambe" prend la connotation nettement ironique qu'elle possède encore aujourd'hui sous la forme "ça lui fait une belle jambe", qui combine les deux locutions "il fait la belle jambe" et "ça lui fait bien la jambe".


On peut la traduire en allemand par Was nützt ihm das ? Dafür kann er sich nichts kaufen! - littéralement, "il ne peut rien s'acheter avec cela"… Même pas une baguette de pain !

L'inscription de la baguette de pain au patrimoine immatériel de l'humanité est sûrement une nouvelle réjouissante, mais "ça ne nourrit pas son homme" (es lässt sich damit kein Geld verdienen, es ist eine brotlose Kunst).
 

     Pour être au courant



1- jambes et baguettes : "mettre les baguettes" ou "tricoter des gambettes" signifie "prendre ses jambes à son cou" (die Beine in die Hand nehmen), s'enfuir.


2- "chausse" vient du latin "calceus" (chaussure), ce qui s'explique par le fait que les chausses recouvraient aussi le pied. Le caleçon, synonyme de "culotte", dérive aussi de "calceus".


3- coquet : qui est soucieux de plaire, de séduire par une toilette recherchée (soignée et raffinée). L'adjectif est un diminutif, dérivé du "coq", le "roi de la basse-cour" qui se pavane devant les poules.


4- les chausses (culotte et bas de soie) font une réapparition éphémère sous la Restauration, sous les rois Bourbons (Louis XVIII puis Charles X). Mais elles n'ont pas tardé à être détrônées par le pantalon, le vêtement des "sans-culottes" de la Révolution.

so eine Blamage!

 

Après l'élimination de l'équipe nationale allemande de football, la presse germanophone déclare, unanime : "Blamage !"  Un mot qu'on retrouve à la une de la Kleine Zeitung le lendemain de l'échec de la "Mannschaft", comme on l'appelle en France.

"Internationale Presse watscht Deutschland ab: "Blamage" – "Horror" – "Fußballzwerg"
Das bittere Ausscheiden der DFB-Elf schlägt hohe Wellen. Die internationale Presse geht mit dem Team von Hansi Flick hart ins Gericht und sieht "das Ende einer einst großen und stolzen Fußball-Nation
". (article)

Attention aux faux amis !

"Blamage" est un terme qui sonne bien français, mais qui n'existe pas dans la langue de Molière.
La presse francophone parle de "honte", "déshonneur" ou "humiliation" et pas de "blamage".

En effet, "blâmer" une personne ou une chose signifie la juger défavorablement, faire de sérieux reproches à son égard. Par conséquent, le verbe est rarement utilisé à la forme pronominale.

D'ailleurs, "sich blamieren" possède une signification bien différente : "Die deutsche Mannschaft hat sich völlig blamiert" = elle s'est ridiculisée, elle s'est couverte de ridicule, de honte. (1)


Une atténuation de sens au cours des siècles

Au début du XVIIe siècle, "blamieren" est emprunté au français "blâmer" dans le sens qu'il possède encore aujourd'hui, à savoir "tadeln", faire de sérieux reproches.

"Blamage" est apparu dans la langue estudiantine au cours de la 2ème moitié du XVIIIe siècle - avec le suffixe "francisant" en "-age" (2) - comme synonyme de "Beschimpfung", "Tadel" (blâme, réprimande).

C'est seulement au XIXe siècle que "blamieren" et "Blamage" ont respectivement pris le sens - lui aussi atténué - de "bloßstellen" et "Bloßstellung" (ridiculiser, couvrir de ridicule / honte, humiliation, déshonneur).


Le verbe français "blâmer" - "blasmer" en ancien français - était lui-même une forme atténuée du latin vulgaire "blastemāre" ← du latin classique blasphēmāre ← lui-même dérivé du grec blasphēmé͞in : blasphémer, outrager (lästern, schmähen) (3).


Le verbe "lästern" a connu une évolution sémantique similaire : alors qu'il signifiait "blasphémer", "outrager ce qui est sacré par des propos injurieux", il a aujourd'hui le sens atténué de "dire du mal de qn", "médire de qn", comme on le constate dans cet autre article sur la contre-performance de l'équipe nationale "Deutschland kann's nicht" - Internationale Presse lästert. (article) Et ce papier date de 2012 !

 

     Pour être au courant



1- Les Autrichiens, eux, n'ont pas eu à subir une telle humiliation - et pour cause : ils ne se sont pas qualifiés pour la Coupe du Monde !


2- le genre des mots en "-age" - Comme tous les mots allemands avec ce suffixe "francisant" (Garage, Massage, Sabotage, Visage...), le mot "Blamage" est du genre féminin... alors qu'en français ces mots-là sont tous masculins (du garage au visage, en passant par l'étage ou le sabotage), sauf : l'image, la page, la cage, la rage, la plage, la nage.


3- Résumé : du blasphème à la honte, en passant par la réprimande
grec : blasphēmé͞in = blasphémer, outrager (lästern, schmähen)
→ latin : blasphēmāre --> latin vulgaire : blastemāre (tous les deux de même sens que le verbe grec)
→ ancien français : blasmer → français moderne : blâmer = réprimander, tancer, reprocher violemment (tadeln)
→ allemand au début du XVIIe siècle : blamieren = tadeln → allemand au XIXe siècle : blamieren = bloßstellen (couvrir de honte, de ridicule), sich blamieren (se ridiculiser)

boire du petit lait

 

"Didier Deschamps s'est retenu [le 25/11/2022], face aux médias, pour ne pas trop dévoiler sa joie, son bonheur et sa satisfaction d'avoir des joueurs de la trempe de Kylian Mbappé et Antoine Griezmann. Entre le double buteur du soir Mbappé] et le passeur décisif pour le gain du match {Griezmann], impossible pour «DD» de ne pas boire du petit-lait."


"Boire du petit-lait", c'est éprouver un sentiment de vive satisfaction d'amour-propre, s'en réjouir, mais - comme l'indique l'article -  c'est savourer, mais avec retenue : c'est une sorte de jubilation intérieure.


L'expression est d'abord attestée sous la forme "avaler doux comme lait". Elle s'est transformée ensuite en "boire du lait". L'expression se réfère à la satisfaction du nourrisson qui boit le lait maternel, à l'impression de bien-être qu'il éprouve une fois repu.

Il ne s'agit cependant pas du "petit-lait" (Molke) ou "lactosérum", produit résiduel résultant de la fabrication du beurre et du fromage, et dont le goût un peu acide est à l'opposé de la "douceur" mentionnée dans l'expression d'origine. Ce n'est qu'au XXe siècle - des siècles après l'apparition de la locution - que s'est ajouté le qualificatif "petit" - qui remplace en quelque sorte l'adjectif disparu "doux".


Boire du petit-lait en allemand, c'est "genießen", "sich delektieren".

On utilise aussi "das ist Musik in meinen / deinen… Ohren" et "das geht runter wie Öl" :

ces deux expressions se réfèrent en général à des compliments qui procurent une grande satisfaction, à des commentaires élogieux accueillis avec grand plaisir.

La dernière locution rappelle "boire du petit-lait" puisqu'elle se réfère à l'ingestion d'un liquide. Mais pourquoi avoir choisi l'huile ? Par exemple, la prise d'huile de ricin (Rizinusöl) ou de foie de morue (Lebertran) ne procure aucun plaisir !


En réalité, l'expression "es geht runter wie Öl" est née de la déformation d'une expression scandinave : en effet, " öl " en suédois, et " øl " en norvégien et en danois n'ont aucun rapport avec l'huile. Ces mots désignent la bière et sont apparentés au mot anglais "ale". Incontestablement, la bière "passe mieux" que l'huile de ricin et procure un plus grand plaisir !


L'équivalent anglais de "boire du petit-lait" est "to lap it up" (littéralement : "le laper entièrement") : il s'agit là aussi de l'ingestion d'un liquide, sans que sa nature ne soit précisée ; ni lait, ni bière, mais on retrouve la même idée de satisfaction. C'est si savoureux qu'on savoure cette boisson jusqu'à la dernière goutte.


Que "DD" savoure les commentaires dithyrambiques de la presse "footballistique !" A la première défaite, le vent va tourner ,et les critiques ne manqueront pas de pleuvoir sur les Bleus et leur entraîneur dans le désert qatarien - où il pleut si peu... A moins que l'équipe de France ne (re-)devienne championne du monde !

le foie gras, les figues et le faux gras

 

"Charles III bannit •• verbannen •• le foie gras des résidences royales - Une mesure prise au nom du bien-être animal •• Tierwohl •• . (...)

Pour remercier le roi, PETA (1) lui a envoyé une boîte de "faux gras" (2). (...) Le foie gras, considéré comme un mets délicat et souvent consommé à Noël, peut actuellement être importé et vendu au Royaume-Uni, mais pas produit dans le pays." (3) (article)

 

Nous n'allons pas prendre parti dans cette discussion entre inconditionnels •• bedingungsloser Anhänger •• du foie gras et défenseurs de la cause animale. Nous allons plutôt nous intéresser à l'étonnante origine du mot "foie", qu'il soit gras ou pas…
 

"Etonnante", parce que le foie se dit "hèpar, hèpatos" en grec ancien (d'où "hépatite", par ex.), et "jecur, jecoris" en latin classique (mot qui n'a donné aucun dérivé •• abgeleitetes Wort •• en français).

Les Grecs et les Romains appréciaient le foie gras et connaissaient le procédé permettant d'en obtenir : ils gavaient •• stopfen •• leurs oies avec des figues (sûkon en grec, ficus en latin). Le foie gras ainsi obtenu s'appelait sukôtón (littéralement : engraissé aux figues) en grec et "jecur ficatum", "foie obtenu avec des figues", en latin, mot abrégé ensuite en ficatum.

C'est ce terme qui a été emprunté par "nos ancêtres les Gaulois", grands amateurs et producteurs de "ficatum".
Il est attesté en français au VIIIe siècle sous la forme ficato - du bas latin ficatu -, puis a évolué en → fegatu → feyet → feie → foie.

Aujourd'hui, les figues ont été remplacées par le maïs, et le mot "foie" n'évoque •• erinnern an, •• plus guère le fruit utilisé autrefois pour engraisser •• (ein Tier) mästen •• oies et canards. (4)

 

Alors que l'appellation "foie gras" est relativement neutre, son nom en allemand se réfère •• sich beziehen •• directement à la méthode de production : die Stopfleber (de "stopfen" : bourrer, gaver) est le résultat du gavage de l'animal (oie ou canard). Il possède donc une connotation plus dépréciative •• abwertend, abschätzig •• .

La production foie gras est interdite en Autriche, mais pas sa vente ni sa consommation : ainsi, en 2010, le pays a importé 17,4 tonnes de foie gras d'oie et de canard, surtout en provenance de France et de Hongrie.


D'ailleurs, les oies ne sont pas épargnées •• verschonen •• en Autriche : engraissées pendant des mois, elles sont abattues •• schlachten •• par milliers pour finir, rôties, sur les tables autrichiennes le jour de la Saint-Martin (fêtée le 11 novembre). Les méthodes d'élevage "intensif" de ces "Martinigänse" - importées à 80% de l'étranger - sont-elles moins cruelles •• grausam •• que le gavage de leurs congénères •• Artgenosse •• pour produire du foie gras ?

 

 

     Pour être au courant



1- PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) est une association à but non lucratif •• gemeinnütziger Verein •• dont l'objet est de défendre les droits des animaux, PETA compte plus de trois millions d’adhérents •• Mitglied •• et de partisans •• Anhänger, Befürworter •• ; c’est la plus grande organisation au monde œuvrant •• für etw. arbeiten, tätig sein •• pour les droits des animaux.


2- le faux gras : le choix d'un tel nom pour ce pâté végétal est bizarre.
Il rappelle phonétiquement l'original - alors que ceux qui ont recours •• avoir recours à qc : zu etw. greifen •• à cet "ersatz"  refusent de consommer du foie gras.
En outre, il est composé de deux termes à la connotation péjorative : "faux" (= c'est une escroquerie •• Betrug •• ) et "gras" (= c'est mauvais pour la santé et la ligne •• Figur •• ) !


3- Telle mère, mais pas tel fils ! Contrairement à Charles III, Elizabeth II appréciait ce mets délicat •• Delikatesse - on de dit pas "délicatesse" en français •• . Du foie gras de canard lui avait été servi lors d'un dîner officiel à Paris en juin 2014, sous la présidence de François Hollande.


4- le foie et la figue - Pour certains linguistes, le jecur ficatum désignait plutôt une recette de foie farci de figues. Quoi qu'il en soit •• wie auch immer •• , cela ne change rien à l'origine étymologique du mot "foie" qui vient bel et bien •• wahrhaftig, tatsächlich •• de "figue".

La "loi du moindre effort" - Du point de vue linguistique "ficatus" avait un avantage évident sur "jecur"  : c'est sa déclinaison régulière qui lui a permis de s'imposer •• sich durchsetzen •• . En effet, jecur se disait aussi jocur, un mot qui  - pour compliquer encore les choses - avait aussi 2 génitifs : jocinoris ou jocineris !


5- le "foie gras" est-il malade ?
D'un point de vue scientifique, le "foie gras" des oies et canards gavés, bien qu'hypertrophié, n'est pas un organe malade. En effet, le foie de ces oiseaux migrateurs •• Zugvogel •• est adapté au stockage •• Speichern •• rapide de grandes quantités de graisses qui leur permettront d'accomplir leur long voyage de migration. D'ailleurs, la stéatose hépatique provoquée par le gavage est réversible chez ces deux espèces ; grâce à un retour à une alimentation normale, canards et oies peuvent retrouver un foie sain.

Ce n'est malheureusement pas le cas chez l'homme : en France, plus de 18 % de la population a un foie trop gras, et 5 à 20 % de ces personnes risquent de souffrir d'une stéatose hépatique non alcoolique (NASH en anglais : Non-Alcoholic Steatohepatitis) provoquée par une surconsommation de graisse mais aussi de sucre.

 

point barre


Jenlain (Nord) - "La confrérie de l’Ordre des bières organise son 2e Christmas Beer*

Dans le Nord, on ne fait rien comme ailleurs. Pain au chocolat ? Chocolatine ? Pffff… Non, ici, on dit « p’tit pain », point barre ! Manger du fromage pour terminer un repas ? Quelle drôle d’idée ! Ici, on met le fromage directement sur la tartine, on la passe au four - ça s’appelle un welsh -, et c’est ÇA le repas. Tout ça pour dire qu’il ne fallait évidement pas s’attendre à ce que les nordistes boivent du vin chaud à l’approche de Noël. Et puis quoi encore !?! Non, ici, en hiver, on boit ce qu’on boit au printemps, en été, et en automne : de la bière. Sauf qu’on l’aromatise." (article)

 

"Point barre !" signifie qu’il n’y a pas à discuter, tout a été dit, il n'y a rien à rajouter !
"Ende der Diskussion!" "Schluss damit!" "Und damit basta!" Ou, pour rester dans le domaine de la ponctuation, mais moins courant en Autriche : "Jetzt mach mal einen Punkt!"

On aurait aussi pu dire "point tiret" puisque l’expression fait référence au signe de fin de transmission d'un message en morse, à savoir '' . '' (1)


Ainsi "point barre" peut aussi se traduire par "Ende der Durchsage" - pour rester dans le domaine de la communication, puisque l'expression est utilisée pour indiquer la fin d'une annonce publique : l'information a été transmise, la communication est terminée, et le destinataire n'a pas voix au chapitre !

Des goûts et des couleurs, on ne discute pas !
Alors, laissons les Ch'tis manger leur "p'tit pain" - au lieu de "pain au chocolat", alias "chocolatine" -, déguster leur "welsh" doré au four, et boire leur bière de Noël aromatisée - au lieu de vin chaud... ou de Glühwein.

 

     Pour être au courant


1- L'alphabet Morse (attribué à l'Américain Samuel Morse - mais probablement inventé par son assistant Alfred Vail en 1832) est un codage de caractères qui fixe pour chaque lettre ou chiffre une combinaison de signaux (brefs et longs, ou points et tirets) intermittents. C’est en quelque sorte le précurseur des communications numériques binaires.

Le patronyme anglais Morse est considéré comme une variante de Morris (Maurice en français) et n'a donc rien à voir avec l'animal marin du même nom.


2- Ne pas confondre le morse (l'alphabet) avec le morse (mammifère marin) :

Le nom français de l'animal viendrait d'une onomatopée lapone "morssa" et serait arrivé en français par l'intermédiaire des langues slaves (par ex. le russe morž).

Le nom allemand de l'animal est, lui aussi, d'origine nordique : le vieux norrois "hrossvalr" - littéralement - "cheval-baleine" a donné - entre autres - "hvalross" en norvégien, "walrus" en anglais, "Walross" en allemand...

L'entartage

 

Récemment (lundi 24 octobre 2022), la statue du roi Charles III a été entartée par deux militants écologistes du groupe Just Stop Oil. Ces derniers ont écrasé un gâteau au chocolat sur la statue du monarque, au musée de cire Madame Tussauds de Londres (article).


L'
entartage (1) consiste généralement à lancer une tarte à la crème à la figure d'une personnalité lors d'un événement public, pour dénoncer l'absurdité de ses propos ou de ses actes, et la ridiculiser.


Le choix d'un gâteau au chocolat pour bombarder l'effigie en cire du roi ne semble pas avoir de signification particulière, contrairement la "
braune Torte" qui avait été lancée en 2016 sur Sahra Wagenknecht, présidente du groupe parlementaire de gauche (die Linke) au Bundestag. Les auteurs de cette attaque voulaient protester contre la position de la députée qui avait déclaré que "tous les réfugiés ne pouvaient pas venir en Allemagne". Choisir un tel gâteau n'était pas anodin, la couleur brune étant traditionnellement associée aux partis dits "fascistes".


Tarte à la crème, gâteau au chocolat, frites, tourte... (2) Les ingrédients varient selon les pays.

Outre-Manche, cet attentat pâtissier s'appelle pieing ou custard pie attack (de "pie", la tourte).

La version belge, naturellement, c'est l'enfritage ! En décembre 2014, le premier ministre belge, Charles Michel, a été "enfrité" (avec frites et mayonnaise, mais sans moules...) : ses agresseurs protestaient contre sa politique d’austérité. (lien)

En Autriche, Wolfgang Schüssel a été la cible d’un "Tortenattentat" ou "Tortung" en mai 1999, alors qu’il était ministre des Affaires étrangères. Il a été attaqué à coups de "Schwedenbomben" par des étudiants qui scandaient "Bomben schaffen keinen Frieden". Ils voulaient ainsi dénoncer la participation de l’Autriche à l’intervention de l’OTAN dans la guerre du Kosovo. Le choix du projectile n’était pas arbitraire : à cette époque, les avions de chasse (Abfangjäger) autrichiens étaient des Saab Draken d’origine ... suédoise. (lien)

Les Schwedenbomben (3) avaient été créées en 1926 - un an avant la "Bataille du siècle" de Laurel et Hardy - par un confiseur autrichien, Walter Niemetz. Il les a baptisées ainsi en souvenir d’un ami suédois... rencontré en France où il avait travaillé plusieurs années.

 

     Pour être au courant


1- entartage
- Cet "attentat pâtissier" a pour origine la célèbre bataille de tartes à la crème d’un film de Laurel et Hardy ("La Bataille du siècle" 1927), une séquence qui est devenue un gag récurrent dans de nombreux films muets.

Cependant, l'expression figurée "c'est une tarte à la crème", au sens de "cliché, poncif, platitude, banalité, réponse toute faite utilisée à tout bout de champ" (abgedroschenes Thema, Banalität), remonte au moins au XVIIe siècle. On la trouve dans "L'Ecole des Femmes" de Molière (Wikipédia) (attaque contre Molière).


2-
D'autres "attentats" de ce genre ont été commis depuis le début du mois d'octobre 2022 : cependant les victimes ne sont pas des personnalités publiques en chair et en os - ou leur effigie en cire - mais des oeuvres d'art. Ainsi, des militants de Just Stop Oil ont aspergé de soupe à la tomate la peinture "Les Tournesols" de Van Gogh, exposée à la National Gallery.

Des militants écologistes du groupe Letzte Generation ont lancé de la purée de pommes de terre sur "Les Meules", chef-d'oeuvre de Claude Monet, exposé au Musée Barberini de Potsdam.
La collection de ce musée est constituée de 103 tableaux de peinture dont 34 réalisés par Claude Monet. Cela en fait un des fonds majeurs consacrés à ce peintre. (d'après Wikipédia)


3-
pie = la tourte : tarte ronde, garnie de fruits, de légumes, de viande, et recouverte d'une sorte de "couvercle" de pâte.


4- En français, les Schwedenbomben s'appellent aujourd'hui "tête de choco(lat)", un terme politiquement correct qui a remplacé l'ancienne dénomination "tête-de-nègre", l'équivalent de "Mohrenkopf" ou "Negerkuss", convertis, de leur côté, en "Schaumkuss".

     les béni-oui-oui

 

« Guerre en Ukraine : Seule "une déroute •• vernichtende Niederlage, Debakel •• complète peut arrêter Poutine", mais sa défaite pourrait faire "sombrer •• versinken •• " la Russie "dans le chaos", prévient [l']ex-diplomate russe [Boris Bondarev] (1).
Dans une longue diatribe •• Schmährede, beißende Kritik •• contre la Russie de Vladimir Poutine [publiée dans Foreign Affairs], il déclare que l'Etat russe est gangrené •• korrumpieren; la gangrène : Wundbrand •• de béni-oui-oui ("yes men"), de flagorneurs •• Liebediener, Kriecher, Lobhudler •• , qui laissent les coudées franches •• Ellbogenfreiheit •• au chef du Kremlin.» (article)

 

"Béni-oui-oui" est une expression péjorative qui désigne une personne servile •• unterwürfig •• , "toujours empressée à approuver les initiatives d'une autorité établie" (Le Robert). Quelqu'un, donc, qui - sans esprit critique - donne sa bénédiction •• seinen Segen geben •• aux propositions de ses supérieurs, du pouvoir en place.

Cependant, contrairement à ce qu'on pourrait supposer, le terme n'a aucun rapport avec le verbe "bénir".


Créée à la fin du XIXe siècle, pendant la période coloniale en Algérie, l'expression est un mélange de l'arabe "beni" (pluriel de "ben" : le fils) et du français "oui, oui", exprimant l'approbation •• Zustimmung, Einwilligung •• .

A l'origine, elle désignait les Algériens qui approuvaient sans réserve •• Vorbehalt •• la politique française en Algérie... et qui ont été plus tard qualifiés de collaborateurs et de traitres par Alger.


Aujourd'hui, le terme est régulièrement employé dans le domaine de la politique, par ex. pour qualifier les élus de la majorité macroniste à l'Assemblée nationale, traités également de "députés godillots" ou "députés Playmobil" (2), qui respectent aveuglément les consignes données par le gouvernement, qui disent "amen" à toutes les propositions de l'autorité. (3)

En anglais - comme le mentionne l'article cité - les béni-oui-oui sont des "yes men".

En allemand, ce sont les "Jasager", "ceux qui disent oui".

Ces deux termes sont moins expressifs •• banal •• que le français "béni-oui-oui".
Mais l'allemand emploie un autre équivalent plus évocateur •• anschaulich •• , le "Wackeldackel".

 

Au sens propre, ce Wackeldackel est un "chien de plage arrière •• Hutablage •• " dont la tête remue à la moindre secousse •• Stoß •• du véhicule. Les premiers exemplaires, commercialisés par l'entreprise allemande Rakso en 1965, représentaient un teckel, d'où le nom de Wackeldackel.

Le "chien à tête remuante" est passé de mode. C'est même aujourd'hui un symbole de "beaufitude •• Spießigkeit •• " (4) et de ringardise •• Rückständigkeit •• . Mais les "béni-oui-oui", les "yes men" et les "Jasager" seront toujours d'actualité...

 

 

     Pour être au courant


1- Boris Bondarev
a démissionné en mai 2022 de la mission permanente de Russie auprès de l'Organisation des Nations unies en réaction à l'invasion de l'Ukraine.

 

2- les députés "godillots" ou "Playmobil" - de 2017 à 2022 (quand LaREM détenait •• innehaben, besitzen •• la majorité absolue à l'Assemblée nationale) :

Godillot : au sens propre, le mot désigne une chaussure de marche en cuir utilisée pendant près d'un siècle dans l’armée française (de 1853 à 1940). Il doit •• devoir : verdanken •• son nom à son créateur, Alexis Godillot, fournisseur de l'armée.
Aujourd'hui, "godillot" est un synonyme péjoratif de grosse chaussure, de "godasse •• (Quadrat)Latschen, Treter •• ".
Au sens figuré, il désigne quelqu'un qui suit aveuglément •• blind •• les ordres du chef, tout comme les simples soldats obéissant aux consignes •• Anweisung, Vorschrift •• , le petit doigt sur la couture du pantalon •• mit den Händen an der Hosennaht •• .

Playmobil : vous connaissez sûrement les bonshommes •• Männchen •• Playmobil. Peut-être avez-vous déjà enlevé leur coiffure ou leur couvre-chef •• Kopfbedeckung •• ? Que voit-on alors à l'intérieur de leur crâne ? Rien, le néant ! Pas de cerveau ! Une "absence de présence"... De plus, malgré leurs membres articulés, ces figurines sont plutôt raides, tout comme les soldats figés •• starr, erstarrt, steif •• au garde-à-vous •• strammstehen •• , dans une attitude d'obéissance absolue.

 

3- comment dit-on "béni-oui-oui"

en néerlandais : ja-knikker, de "knikken" : acquiescer     (voir "nicken" en allemand : opiner de la tête)

en espagnol : sacristán de amén : littéralement un "sacristain •• Küster, Messner •• qui dit amen".

 

4- la beaufitude (Spießigkeit) est une attitude caractérisée par la vulgarité et le manque de goût qui se reflètent dans les tenues vestimentaires, le comportement et les loisirs. (Wiktionnaire)

Le mot est dérivé du substantif "beauf" (apocope de "beau-frère"), un personnage créé par le dessinateur Cabu, et qui est le stéréotype du Français moyen, vulgaire, borné et chauvin.

     Le bémol... et l'alcool

 

"Château-Chinon - La journée astronomie a réuni plus de deux cents personnes. Une réussite. (...)  Seul bémol, la météo du jour n’a pas permis de faire d’observation, ni en journée avec des lunettes spéciales, ni le soir." (article)

 

Les participants aux "étoiles de Château-Chinon" (1) ont donc dû se contenter de visites (virtuelles) au planétarium... Le mauvais temps a gâché leur plaisir. Cependant le journaliste considère que cette "journée astronomie" a été une réussite dans son ensemble.


Ce "bémol", au sens figuré du terme, c'est un élément qui vient atténuer ou gâter un tableau très positif (ein Dämpfer, ein Minuspunkt, ein Makel...)


Au sens propre, le bémol (Erniedrigungszeichen) est un signe d'altération en solfège : placé devant une note, il l'abaisse d'un demi-ton chromatique.  

Le terme vient du latin "b mollis" → par l'intermédiaire de l’italien : "b molle" (littéralement "si mou") → en français, il a d’abord été orthographié "B. mol", ce qui a donné "bémol" par agglutination.
En allemand, "B-moll" signifie encore "si-bémol mineur". (2)


Pourquoi "mollis / molle / mou / moll" ? Le bémol est représenté avec une "panse molle" (arrondie), pour le différencier du bécarre (de forme carrée, comme son nom l'indique : "bequadro" en italien ← "b quadratum" en latin / Auflösungszeichnen en allemand).

le bémol :  ♭                   le bécarre :


Le seul "bémol" de cette formidable "journée astronomie" château-chinonaise, c'est en allemand un "Wermutstropfen" - souvent déformé en "Wehmutstropfen" (littéralement "goutte de mélancolie") et qui n'a rien à voir avec la musique.

Il vient du domaine de la botanique. Le Wermut, Wermutkraut ou bitterer Beifuß (Artemisia absinthium) est une plante qui possède une forte concentration en principes amers (Bitterstoffe), et c’est cette propriété qui explique la locution "einziger Wermutstropfen" (seul bémol). Une seule goutte du jus de cette plante peut rendre une boisson ou une potion très amère ou apporter une note dissonante dans un tableau parfait.

 

L'Artemisia absininthium est appelée wormwood en anglais (littéralement "bois de ver"). C'est une déformation du vieil anglais wermod (proche de l'ancien allemand wërmuota) (3) : en effet, cette plante était censée posséder des vertus anti-parasitaires !  La croyance selon laquelle l'alcool aurait des propriétés vermifuges (wurmabtreibend) (en particulier contre le ver solitaire / Bandwurm) se retrouve dans l'expression française " tuer le ver", c'est-à-dire boire de l'alcool dès le réveil, sous prétexte que c'est bon pour la santé...

Seul bémol : la consommatiion régulière d'alcool ne tue pas seulement les vers !

 

     Pour être au courant

 

1- Château-Chinon, capitale du Morvan, située dans le département de la Nièvre (Bourgogne).

 

2- Système de notation -
• Les pays germanophones et anglophones ont conservé le système ancien de notation, avec les premières lettres de l’alphabet (C, D, E, F, G, A, H ou B).
• Dans les pays de langue romane ou slave, c’est le système élaboré au XIe siècle qui est aujourd'hui en vigueur : les notes correspondent à la première syllabe de chacun des vers (Verse, nicht Würmer...) d’un hymne liturgique dédié à Saint Jean-Baptiste : Ut queant laxis / resonare fibris / Mira gestorum / famuli tuorum / Solve polluti / labii reatum / Sancte Iohannes (Afin que tes fidèles puissent chanter les merveilles de tes gestes d'une voix détendue, nettoie la faute de leur lèvre souillée, ô Saint Jean.)
Au XVIe siècle, "ut" a été transformé en "do", tout simplement parce que c’est plus facile à prononcer.

 

3- Vermout - En français et en italien, le mot ne désigne pas le végétal comme en allemand, mais une boisson fabriquée à partir du XVIIIe siècle avec cette plante nommée "artemisia absinthium". Le vermout se compose de vin, d’absinthe, de quinquina (Chinarinde), de gentiane (Enzian) et de sucre.

En français, le terme absinthe désigne à la fois la plante (Wermutskraut) et la fameuse liqueur verte, la "fée verte", si toxique au XIXe siècle - où elle titrait 68 à 72° (mit einem Alkoholgehalt von 68 bis 72%) - qu’elle a été interdite en France en 1915, puis à nouveau autorisée en 2011 avec un taux de thuyone (Thujonanteil) limité.

la vigne et la vignette FrAu ModJo - 2020

 

Une question à poser ou un commentaire à faire ?   Précision - Les mots traduits
figurent sous leur forme de base :
infinitif pour les verbes ;
singulier pour les substantifs ;
masculin singulier pour les adjectifs.

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